Réseaux sociaux et manque de sommeil : la fatigue s’installe en classe
Nuits connectées, journées écourtées : l’impact des réseaux sociaux sur les élèves
Fatigue en classe, baisse d’attention, endormissements répétés : Dans plusieurs établissements du secondaire, enseignants et éducateurs observent une augmentation des situations liées à un usage tardif des réseaux sociaux. Un phénomène confirmé par un rapport scientifique récent.
Dans une classe du secondaire, un élève lutte contre le sommeil. À peine le cours commencé, son attention vacille déjà. Pour de nombreux professionnels de l’éducation, ces scènes ne sont plus exceptionnelles. La fatigue s’installe désormais dans les salles de classe.

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Une fatigue devenue quotidienne
Audrey Laurent, éducatrice dans l’enseignement secondaire, observe ce phénomène depuis plusieurs années. « Chaque matin, j’observe des jeunes qui arrivent à l’école épuisés », explique-t-elle. Selon elle, la fatigue ne se limite pas aux premières heures : « Les périodes de fin de journée sont encore plus difficiles. »
Ce constat est partagé par plusieurs enseignants du secondaire. Karima, professeure, observe elle aussi les effets de cette fatigue en classe. « La concentration est moindre et certains élèves somnolent en classe », explique-t-elle. Selon elle, ces situations sont « même récurrentes ».
Meri, qui enseigne de 2e à 6e secondaire, rapporte des scènes similaires. « Élève qui s’endort en plein cours », résume-t-elle. Elle constate également que « l’élève ne parvient pas à rester attentif plus de 20 minutes de cours et ne suit pas ».
Derrière ces situations répétées, un élément revient régulièrement dans les échanges avec les élèves : l’usage tardif des réseaux sociaux. « En échangeant avec eux, ils m’ont répondu qu’ils restaient des heures sur les réseaux sociaux », explique Meri. Audrey Laurent confirme : « Les jeunes vivent de plus en plus derrière les écrans et souvent durant les heures de sommeil. »
Pour les professionnels interrogés, ces situations ne relèvent plus de l’exception. Karima évoque « une dizaine » de cas similaires observés sur un trimestre. Meri estime, de son côté, qu’« au moins cinq élèves » par trimestre présentent des signes de fatigue liés à un usage tardif des réseaux sociaux. Audrey Laurent va plus loin et parle de « 40 à 50 situations sur l’année ».
Toutes s’accordent sur un point : le phénomène tend à s’intensifier. Meri souligne que « les élèves ont un téléphone de plus en plus jeune et sans limite d’utilisation ».
Des effets sur les apprentissages
Au-delà de la fatigue visible, les répercussions se font sentir sur les apprentissages. Les enseignants décrivent une baisse significative de l’attention et des performances scolaires. Difficulté à suivre un raisonnement, besoin constant de relance, perte d’intérêt. « La concentration est moindre », rappelle Karima. Audrey Laurent évoque également « un besoin de relance attentionnelle » et un « manque d’intérêt » de plus en plus fréquent en classe.
Ces constats rejoignent les conclusions du rapport d’expertise collective publié par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), consacré aux effets de l’usage des réseaux sociaux numériques sur la santé des adolescents. Le document souligne que l’utilisation prolongée des écrans en soirée retarde l’endormissement et réduit la durée du sommeil. Ce manque de sommeil répété entraîne une fatigue persistante, une diminution des capacités d’attention et une baisse des performances scolaires.
Quelles réponses des écoles ?
Face à cette réalité, les établissements tentent d’agir. Le dialogue avec les parents constitue souvent la première étape. « Dialogue avec les parents, contact avec la cellule PMS et suivi avec le titulaire », précise Karima. Audrey Laurent évoque également « des animations de sensibilisation en classe » ainsi qu’un « suivi individualisé » pour accompagner les jeunes dans la gestion de leur temps d’écran.
Mais malgré ces initiatives, le défi reste immense. Entre pression sociale, notifications permanentes et accès illimité aux écrans, la frontière entre vie numérique et repos semble de plus en plus floue. Et chaque matin, en classe, les conséquences de ces nuits écourtées se lisent déjà dans les regards fatigués.