La pollution de l’air, un danger silencieux
Chaque année, plusieurs milliers de décès prématurés en Belgique sont liés à la pollution de l’air. Si le trafic routier est souvent pointé du doigt, d’autres sources jouent également un rôle important. Un chercheur en sciences de l’environnement à l’Université de Mons revient sur l’impact des particules fines et des émissions agricoles dans la qualité de l’air.
Chaque année, la pollution de l’air provoque plusieurs milliers de décès prématurés en Belgique. En 2021, plus de 5 800 décès, soit 5,2 % de l’ensemble des décès dans le pays, étaient liés à l’exposition aux particules fines. Celles-ci proviennent notamment du trafic routier, du chauffage domestique et de certaines activités agricoles. Alors que l’Union européenne s’est fixé l’objectif de réduire fortement ces impacts d’ici 2030 dans le cadre du plan « Zero Pollution », la Belgique est-elle réellement sur la bonne voie ? Pour mieux comprendre les enjeux, nous avons interrogé un chercheur en sciences de l’environnement à l’Université de Mons.

© Belgique en bonne santé
L’objectif européen : réduire la pollution d’ici 2030
« Le plan ‘Zero Pollution’ est une stratégie de l’Union européenne visant à réduire fortement les différentes formes de pollution qui affectent la santé humaine et les écosystèmes. Grâce à ce plan, l’Union européenne s’est fixé un objectif très concret : réduire de 55 % le nombre de décès prématurés liés à la pollution atmosphérique d’ici 2030 par rapport à 2005 » nous explique Martin De Cock.
D’après une étude de Sciensano, en 2025, la Belgique a enregistré 111 966 décès, alors que le modèle statistique, Be-MOMO, en prévoyait 111 561. Cela correspond à une faible surmortalité de +0,4%, soit 405 décès supplémentaires. Une des causes de cette surmortalité est la concentration en particules fines dans l’air (PM10 et PM2,5). Lors de l’analyse des taux de surmortalité par région, la Flandre enregistre une légère surmortalité de +0,9% alors que la Wallonie se situe globalement à l’équilibre avec une légère sous-mortalité de -0,4 %. Tandis que Bruxelles se distingue par une surmortalité de +3,1 % s’expliquant par son air particulièrement pollué.
Les particules fines, un danger pour la santé
« PM2.5 signifie ‘particules microscopiques dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres’. Leur taille extrêmement petite leur permet de pénétrer profondément dans les poumons et même de passer dans la circulation sanguine. Ce qui explique pourquoi elles sont particulièrement nocives pour la santé. Elle peuvent provoquer ou aggraver différentes pathologies, notamment des maladies respiratoires, des maladies cardiovasculaires et certains cancers »
D’après une étude de l’Université de Liège menée pendant le confinement de 2020, les concentrations de particules fines PM2.5 ont été analysées entre le 17 mars et le 25 juin 2020 et comparées à l’intensité du trafic routier. Les résultats montrent que, malgré une forte diminution de l’activité humaine et du trafic durant cette période, les concentrations de PM2.5 n’ont pas été significativement modifiées. Si le trafic routier est souvent pointé du doigt lorsqu’il est question de pollution de l’air, il n’est pourtant pas la seule source de pollution. L’agriculture en est un exemple majeur, mais souvent moins visible.
L’agriculture, une source majeure mais moins visible
« L’ammoniac est un polluant atmosphérique principalement émis par l’agriculture. Il provient surtout des déjections animales, du stockage du lisier et de l’utilisation d’engrais. En Belgique, plus de 90 % des émissions d’ammoniac proviennent du secteur agricole, notamment de l’élevage intensif. Ce polluant est particulièrement problématique car il réagit dans l’atmosphère avec d’autres substances comme les oxydes d’azote ou le dioxyde de soufre. Ces réactions chimiques conduisent à la formation de particules fines secondaires, qui contribuent directement à la pollution PM2.5. »
La Belgique a réduit ses émissions d’ammoniac au cours des dernières décennies. Depuis 1990, les émissions ont diminué d’environ 50 %, principalement grâce à l’évolution des pratiques agricoles et à la diminution du cheptel dans certaines régions.
Malgré ces progrès, l’agriculture reste de très loin la principale source d’émissions d’ammoniac. Cela signifie que la réduction supplémentaire de ces émissions dépendra en grande partie des transformations du secteur agricole.
Des objectifs européens difficiles à atteindre
Si la pollution de l’air est souvent associée au trafic routier, cette interview rappelle que d’autres sources, comme l’agriculture, jouent également un rôle majeur dans la formation des particules fines. Réduire ces émissions représente donc un défi complexe qui implique plusieurs secteurs de la société. À l’approche de l’échéance de 2030, la Belgique devra accélérer ses efforts pour améliorer la qualité de l’air et se rapprocher des objectifs fixés par l’Union européenne
Certains disent déjà que le plan ’Zéro Pollution’ de l’Union européenne ne pourra pas être atteint d’ici 2030. D’après Martin De Cock « C’est encore possible, mais cela dépendra des décisions politiques prises dans les prochaines années. La réduction de la pollution de l’air nécessite des transformations dans plusieurs secteurs, notamment la mobilité, l’énergie et l’agriculture. Si ces transformations sont mises en oeuvre rapidement et de manière cohérente, la Belgique pourrait se rapprocher des objectifs européens. »