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Muntpunt et le néerlandais à Bruxelles : vers un nouveau pont linguistique ?

Bruxelles est une ville marquée par une grande diversité linguistique et culturelle, où la langue se présente comme un pont entre les communautés. Dans ce paysage multilingue, la bibliothèque Muntpunt lance un projet de cours de néerlandais pour tous d’ici 2030 — une initiative ambitieuse, mais qui pose la question de son accessibilité réelle.

Avec son nouveau projet de cours de néerlandais accessibles à tous d’ici 2030, la bibliothèque Muntpunt est un acteur clé pour faciliter la communication. Elle prévoit notamment d’organiser des campagnes de lecture et des clubs de lecture pour adultes qui seront associés à des activités interactives pour pratiquer le néerlandais. Les jeunes bénéficieront, quant à eux, d’activités spécifiques telles que le NL Lab afin de stimuler l’apprentissage linguistique. Cependant, il reste une question cruciale : ce projet sera-t-il réellement inclusif, ou ne bénéficiera-t-il qu’à un public déjà privilégié ?

La bibliothèque Muntpunt lance un projet de cours de néerlandais pour tous d’ici 2030 – libre de droit via @vecteezy

Un besoin réel dans une capitale plurilingue

À Bruxelles, le paysage linguistique est particulièrement complexe : si le français demeure la lingua franca dominante, de nombreux habitants sont multilingues et le néerlandais reste omniprésent dans la vie publique et administrative. À domicile, la part de locuteurs d’origine néerlandophone tend à diminuer. Pourtant, l’usage du néerlandais dans les interactions quotidiennes progresse, témoignant de la vitalité de la langue dans la capitale. Par ailleurs, une large majorité des Bruxellois considère le multilinguisme comme un atout, tant pour la cohésion urbaine que pour leur développement personnel, ce qui souligne l’importance d’élargir les possibilités d’apprentissage linguistique.

Mais qu’attendent réellement les Bruxellois de ces futurs cours de néerlandais ? Témoignage de Florian, 25 ans :

« J’espère que ce ne sera pas trop académique. L’idéal serait des cours dynamiques avec des situations réelles et des échanges entre les participants, comme dans des tables de communication. Muntpunt pourrait aussi relier les cours à des activités culturelles – par exemple des cafés langues ou des rencontres avec des auteurs flamands. »

Situations réelles et échanges entre participants – libre de droit via @Pexels/
Yan Krukau

Pour Jules, et pour beaucoup de jeunes adultes bruxellois, l’apprentissage du néerlandais ne doit pas se limiter aux méthodes trop académiques : ils doivent être vivants, interactifs et liés à la culture locale. Ces activités pourraient devenir de véritables expériences sociales et culturelles, favorisant les échanges entre communautés.

Après le témoignage de Florian sur ses attentes et sur la manière dont il imagine ces cours, place au regard d’Emmy, 20 ans, qui s’interroge sur l’impact que ce projet pourrait avoir à Bruxelles d’ici 2030.

Un impact possible sur le vivre-ensemble

« Oui, si c’est bien soutenu et bien communiqué. Bruxelles évolue vite, et favoriser le dialogue entre communautés passe forcément par la langue. Ces cours peuvent donner envie à plus de Bruxellois de franchir le pas et de découvrir l’autre côté linguistique de la ville », explique Emmy.

Selon elle, ces initiatives ne se limitent pas à l’apprentissage du néerlandais : elles peuvent devenir un véritable levier pour le dialogue interculturel, permettant aux habitants de mieux se comprendre et de se rapprocher, quelles que soient leurs origines ou leur langue maternelle.

Si certains s’interrogent sur le public réellement visé par ces initiatives, d’autres expriment des réserves quant à l’usage des moyens et des espaces de la bibliothèque. Une Bruxelloise confie ainsi craindre que « ce soit surtout utilisé par des publics déjà favorisés… Si l’objectif est de toucher l’ensemble des Bruxellois, il faut aussi penser aux travailleurs en horaires décalés, aux parents isolés ou aux personnes moins à l’aise avec l’écrit ». D’autres pointent l’impact potentiel sur la fonction même de Muntpunt : « Je me demande si c’est vraiment la meilleure façon d’utiliser le budget de la bibliothèque. Muntpunt manque déjà parfois de places pour étudier ou lire au calme. Ajouter des cours pourrait réduire cet espace… », souligne un autre habitant, évoquant une possible concurrence entre les activités linguistiques et les usages traditionnels du lieu.

Il reste à voir si Muntpunt et ses partenaires réussiront à faire de ces cours un espace inclusif pour tous. Car au‑delà des ambitions linguistiques, c’est bien l’égalité d’accès à l’éducation et à la culture qui se joue à Bruxelles d’ici 2030.

Par Astrid Verrydt