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L’impact de la réforme du chômage sur les formations professionnelles

Les opérateurs de formation se préparent à souffrir suite à la nouvelle réforme du chômage, qui va impacter plus de 170 000 personnes fin 2027. Ces individus devront (re)trouver du travail et potentiellement se former. Rencontre avec Philippe Tomzyck, directeur de chez AFICo ASBL (éducation permanente et réorientation professionnelle).

Les formations chez AFICo ne vont pas être épargnée d’après P.Tomzyck – LinkedIn

« Les gens en face de nous n’ont pas tous le même niveau social et ne sont pas simplement de la main-d’œuvre à activer ! » Les organismes tels que les CISP (centre d’intégration socioprofessionnelle) et les MIRE (mission régionale pour l’emploi) sont des victimes indirectes des nouvelles réformes. Une des réformes, qui octroie 2 années de chômage sur l’ensemble de la carrière d’un individu, fait du bruit jusque dans les organismes de formation et de remise à l’emploi. La qualité des formations va potentiellement baisser : « Le dé-financement des CISP a un impact ». En Belgique, cette réforme vise à raboter 2% du budget alloué à ces organisations, au final une baisse de 2 millions d’euros.

Une pression difficile à supporter

« La politique se cache derrière la lisibilité pour justifier ses mesures. Le Gouvernement estime qu’il y a trop d’opérateurs pour la réinsertion dans le monde professionnel… Au niveau des opérateurs, le constat est clair : tout est bien réparti ! » AFICo travaille surtout l’aspect social et les « soft skills » (compétences de base). L’organisme s’occupe principalement de personnes éloignées de l’emploi et donc de formations plus longues que dans d’autres organismes, comme le FOREM, où les personnes sont moins éloignées du monde professionnel. « Le Gouvernement met sous tension ces organismes (MIRE et CISP) en leur demandant des taux de remise à l’emploi identiques au FOREM. » Pour le FOREM, les résultats chiffrés sont donc plus faciles à atteindre que pour des structures comme AFICo. « Les gens en face de nous n’ont pas tous le même niveau et ne sont pas juste de la main-d’œuvre prête à activer. » La formation est répartie en semestres pour permettre aux individus d’évoluer sur un laps de temps relativement long.

La demande de formation était déjà importante : « Pour 15 stagiaires (place disponible pour former des individus), on avait une trentaine de demandes déjà avant la réforme », affirme-t-il. Ce qui va changer avec la réforme, c’est le concept de financement en fonction du résultat. Des filières ont déjà fermé, car leur taux de remise à l’emploi n’était pas satisfaisant aux yeux du Gouvernement. « Les financements ne sont plus indexés… les salaires continuent à augmenter, donc ça devient difficile de payer les formateurs. » L’ASBL dirigée par P. Tomzyck souhaite garder le même fonctionnement et garder l’aspect humain au centre de l’attention.

Les CPAS aussi impactés

« Des choses doivent évoluer… nous ne sommes pas contre de nouvelles réformes, mais elles doivent avoir du sens. » Les CPAS sont également touchés par la réforme. Ceux-ci faisaient appel à des organismes externes (CISP) pour former et finançaient cela avec des fonds européens. « Ça accentue la situation financière dans laquelle on est. Ceux qui nous apportaient des pistes de financement sont eux-mêmes en difficulté. » Le directeur affirme que l’aspect humain qui est au centre de l’ASBL ne sera jamais délaissé. AFICo peut tout de même compter sur le soutien financier de la FGTB depuis sa création.

La FGTB de Namur et AFICo travaillent ensemble – C.N

Si Philippe Tomzyk pouvait supprimer une réforme adoptée, il choisirait celle qui le concerne indirectement. « (soupir) Sur l’aspect humaniste, ce serait sur l’exclusion du chômage… on est très loin des stéréotypes que Georges-Louis Bouchez nous énonce. » Monsieur Tomzyck a pu rencontrer Maxime Prévot (Les Engagés) et lui parler du secteur formatif et de la réinsertion sociale. « Lui aussi admet que les choses vont trop vite. »