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Crise de personnel dans la grande distribution : quel impact sur le service client

La grande distribution fait face à des difficultés persistantes de recrutement. Cette pénurie de personnel modifie l’organisation des magasins et la qualité du service proposé aux clients. Jean-François Destailleur, patron d’un Intermarché, explique les ajustements mis en place.

« Ce sont des métiers contraignants »

Le diagnostic est posé sans détour. « Le travail en magasin commence tôt le matin. Il faut être présent le week-end, parfois le dimanche. Ce sont des horaires lourds », explique Jean-François Destailleur.

À ces contraintes s’ajoute une question salariale. Les rémunérations restent peu attractives au regard de l’intensité du travail. « Beaucoup estiment que l’effort demandé n’est pas suffisamment compensé », observe-t-il.

Le responsable pointe aussi une évolution sociétale. « Aujourd’hui, certains considèrent qu’il est plus simple de sortir du marché du travail que d’accepter un métier exigeant. » Chômage, arrêts maladie ou reconversions éloignent une partie des candidats potentiels.

Mais la difficulté est encore plus marquée pour les métiers spécialisés. Bouchers, boulangers, poissonniers : ces professions manuelles peinent à recruter. « Pendant des années, ces métiers ont été peu valorisés à l’école. Les jeunes s’y orientent moins. » Résultat : une pénurie durable de qualifications clés.

Des rayons moins préparés, un accueil fragilisé.

Le sous-effectif a des conséquences directes. « Quand il manque du personnel, on a moins de temps pour préparer les rayons et accueillir les clients correctement », reconnaît le patron.

La préparation des produits prend du retard. Certains rayons sont moins fournis en début de journée. La disponibilité en magasin s’en ressent. Le conseil personnalisé, autrefois central, devient plus difficile à assurer. « Le service repose sur la présence humaine. Si les équipes sont sous tension, cela impacte forcément l’expérience client. »

L’ouverture des caisses peut également être retardée. Les files s’allongent aux heures de pointe. Chaque absence pèse sur l’organisation globale.

Simplifier pour continuer à servir.

Face à cette réalité, l’enseigne adapte son fonctionnement. Objectif : réduire la dépendance à des compétences devenues rares.

En boucherie, la viande arrive désormais prédécoupée depuis l’abattoir. « On reçoit des produits en “pad, en poche”. La découpe est faite en amont. » Moins de travail technique en magasin.

Même logique au rayon fromagerie et charcuterie. Davantage de produits prédécoupés, comme la mimolette. Le frais emballé se développe fortement. Certaines préparations sont réalisées en usine. D’autres sur place, par du personnel non spécialisé.

En boulangerie, les viennoiseries arrivent crues et surgelées. Croissants et pains au chocolat sont livrés en cartons, puis simplement cuits en magasin. « Cela permet de maintenir l’offre sans dépendre entièrement d’un boulanger qualifié. »

Ces ajustements préservent la disponibilité des produits. Mais ils transforment progressivement le métier.

Automatiser pour compenser.

L’automatisation constitue l’autre réponse. Les caisses en libre-service absorbent déjà une partie du flux. Mais les projets vont plus loin.

« On évoque des robots de mise en rayon », indique Jean-François Destailleur. À plus long terme, la disparition des hôtesses de caisse n’est plus exclue. Le client pourrait passer son caddie dans un tunnel de comptage automatique. Le ticket serait envoyé directement sur smartphone.

Ces innovations restent encore en marge. Mais elles pourraient s’imposer rapidement si la pénurie persiste.

Préserver l’expérience malgré tout

Le constat est clair : le manque de personnel qualifié affecte la préparation des rayons et la qualité d’accueil. La grande distribution s’adapte en simplifiant ses tâches et en accélérant l’automatisation.

Reste une question centrale : jusqu’où ces transformations permettront- elles de maintenir un service client de qualité ? Pour Jean-François Destailleur, l’enjeu est vital. « Il faut continuer à servir correctement, malgré les difficultés de recrutement. »

Dans les allées des supermarchés, l’équilibre entre efficacité technologique et présence humaine se redessine déjà.