Vivre et étudier avec une surdité discrète.
Étudiante en communication, Zélie mène une vie universitaire qui ressemble à celle de beaucoup de jeunes de son âge. Pourtant, depuis l’enfance, elle vit avec une surdité légère. Entre stratégies d’adaptation, technologies auditives et envie de se fondre dans le groupe, elle a appris à trouver sa place dans un monde qui écoute… parfois sans vraiment entendre.

Dans l’auditoire, Zélie suit le cours avec attention. Elle prend des notes rapidement, relève la tête lorsque le professeur insiste sur une idée importante, puis échange quelques mots avec les étudiants assis à côté d’elle. À première vue, rien ne la distingue des autres. Pourtant, depuis toujours, la jeune étudiante de 19 ans vit avec une surdité légère. « La plupart des gens ne s’en rendent même pas compte », explique-t-elle avec un sourire. Ses appareils auditifs sont aujourd’hui presque invisibles : un petit boîtier discret et un fil transparent à peine perceptible.
Sa malentendance est congénitale. Elle a été diagnostiquée vers l’âge de trois ans, après plusieurs examens médicaux. Depuis, Zélie a grandi avec ses appareils auditifs mais aussi avec l’habitude de devoir s’adapter à un environnement pensé pour ceux qui entendent normalement. Très tôt, plusieurs aides sont mises en place pour faciliter son parcours scolaire. À l’école primaire, elle bénéficie d’un suivi régulier chez une logopède, un accompagnement qui l’aide à améliorer son élocution et sa communication. Une interprète vient également observer certaines séances de classe afin de mieux comprendre les conditions d’apprentissage et de faciliter les échanges entre l’école et sa famille.

Avec les années, Zélie développe ses propres stratégies pour mieux comprendre les conversations. La lecture labiale devient l’une de ses ressources principales. Observer les lèvres et les expressions du visage de son interlocuteur lui permet de mieux saisir ce qui est dit. « Quand je vois bien la personne en face de moi, c’est beaucoup plus facile », explique-t-elle. Certaines situations restent toutefois plus compliquées, notamment les environnements bruyants. Dans les restaurants ou lors de discussions en groupe, les voix se mélangent et il devient difficile d’isoler une conversation précise. Ces moments peuvent être fatigants et lui provoquer parfois des maux de tête.
La pandémie de COVID-19 a également compliqué les échanges. Les masques portés en classe empêchaient la lecture labiale, rendant la compréhension plus difficile. Des masques à fenêtre transparente ont été introduits pour faciliter la communication, mais la buée qui apparaissait rapidement limitait leur efficacité.
Aujourd’hui étudiante dans l’enseignement supérieur, Zélie poursuit ses études en communication avec motivation. Elle sait que des aménagements existent pour les étudiants malentendants, comme du temps supplémentaire lors des examens ou certaines adaptations pédagogiques. Pourtant, elle les sollicite rarement. « J’ai tendance à m’adapter », explique-t-elle simplement. Lors de la session actuelle, elle reconnaît même avoir oublié de demander les aménagements auxquels elle pourrait prétendre.

Sur le plan social, Zélie explique ne pas avoir vécu de discriminations majeures. Sa malentendance a toutefois parfois influencé sa confiance en elle, notamment lorsqu’il s’agissait de prendre la parole devant un groupe. Avec le temps, cette appréhension s’est atténuée. Les présentations orales à l’université l’ont progressivement aidée à gagner en assurance. Même les appels téléphoniques, autrefois source d’angoisse, sont devenus plus naturels. Aujourd’hui, si elle ne comprend pas quelque chose, elle n’hésite plus à demander à son interlocuteur de répéter.
Zélie reste également attentive aux progrès technologiques. Les appareils auditifs sont aujourd’hui plus performants et beaucoup plus discrets qu’autrefois. De nouveaux systèmes, comme les micros sans fil connectés directement aux appareils, pourraient encore améliorer certaines situations d’écoute. Mais au-delà de la technologie, son parcours rappelle surtout une réalité souvent invisible : vivre avec une malentendance demande une adaptation constante. Observer les visages, anticiper les conversations, demander parfois de répéter… autant de petits gestes qui font désormais partie de son quotidien.
À 19 ans, Zélie poursuit simplement son chemin d’étudiante. Elle prépare ses présentations, retrouve ses amis et imagine son avenir dans la communication. La différence, c’est qu’elle a appris très tôt à écouter autrement — et peut-être aussi à comprendre que la communication ne dépend pas seulement de ce que l’on entend, mais aussi de la manière dont on se fait comprendre des autres.