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Entre enquête et désinformation : le quotidien du journaliste François Corbiaud

 

Fake news, deepfakes, images truquées et intelligence artificielle : Aujourd’hui, l’information est confrontée à de nouveaux défis. François Corbiaud, journaliste indépendant actif depuis quinze ans, explique pourquoi le travail de vérification reste au cœur du métier.

Quand tout va très vite et que les images peuvent mentir, François Corbiau, journaliste indépendant, s’impose comme un garde-fou indispensable de l’information.

Crédit photo : X, @francoiscorbiau

 

Depuis une quinzaine d’années, François Corbiau travaille comme journaliste indépendant. Au fil de sa carrière, il a enchainé les expériences dans différents médias et formats. En presse écrite, il collabore avec Le Soir et le magazine d’investigation Médor. Il travaille également pour la RTBF, à la fois pour le web et la radio, notamment sur La Première, et participe aussi à des documentaires d’investigation. Ce qui l’attire le plus dans le métier, c’est l’enquête et le reportage. « Si je dois me définir, j’aime surtout tout ce qui touche à l’investigation et au décryptage » explique-t-il.

Dans son travail, il s’intéresse souvent à l’actualité internationale, comme les conflits en Ukraine ou au Moyen-Orient. Dans ces situations, énormément d’images et d’informations circulent sur les réseaux sociaux, mais beaucoup peuvent être trompeuses ou parfois générées par l’intelligence artificielle. Certaines images sont anciennes et réutilisées dans un autre contexte, d’autres sont manipulées. Pour François Corbiau cela rend le travail journalistique encore plus important. Selon lui, la principale mission du journaliste reste la même : vérifier les informations avant de les diffuser.

« La plus-value du journaliste, c’est de vérifier et de ne pas relayer les choses aveuglément », insiste-t-il. Dans un monde où l’information circule très vite et où les médias veulent souvent publier en premier, il rappelle qu’il est essentiel de prendre le temps de vérifier ses sources. Cela passe notamment par l’analyse des images, la recherche de leur origine et le recoupement des informations avec d’autres sources fiables.

À la RTBF, par exemple, il peut aussi s’appuyer sur une cellule spécialisée au décryptage qui aide à vérifier certains contenus. L’intelligence artificielle entre aussi peu à peu dans le quotidien des journalistes. François Corbiau l’utilise parfois pour certaines tâches, comme résumer des documents ou rassembler des informations, ce qui peut lui faire gagner du temps. Mais selon lui, l’IA montre vite ses limites dès qu’il s’agit d’enquêtes plus poussées. « On retombe souvent sur des informations déjà connues ou sur des pistes trop générales », explique-t-il. Pour lui, rien ne remplace l’expertise et le regard critique du journaliste.

Le vrai danger de l’IA et des deepfakes ne se limite pas à la création de fausses images. Le problème principal est la confusion qu’ils peuvent créer dans l’esprit du public. Beaucoup de personnes ont du mal à faire la différence entre une information vérifiée par un journaliste et un contenu qui circule librement sur les réseaux sociaux. « Le risque, c’est l’amalgame entre les fake news et le travail des journalistes », explique-t-il. Cette confusion peut finir par discréditer la profession du journaliste.

Selon François Corbiau cela peut avoir des conséquences importantes pour la société et pour la démocratie. Si les citoyens ne savent plus à quelles informations se fier et se référer, toutes les informations peuvent finir par se valoir : qu’elles soient vraies ou fausses. Pourtant, il rappelle que le journalisme se repose sur des méthodes précises et sur des règles déontologiques qui visent à éviter la désinformation. Il estime aussi que le grand public n’est pas encore assez conscient de ces enjeux. Beaucoup de personnes partagent des informations trouvées en ligne sans vérifier leur source. « On manque souvent d’esprit critique », constate-t-il.

Il lui arrive régulièrement que ses proches lui demandent son avis sur des images ou des infos circulant sur Internet, qui se révèlent finalement fausses après vérification. Pour lui, il reste beaucoup à faire en matière d’éducation aux médias, surtout auprès des jeunes. Savoir vérifier ses sources, comprendre d’où vient une information ou utiliser des outils de vérification devrait devenir un réflexe courant.Aux futurs journalistes, François Corbiau conseille avant tout de revenir aux bases du métier : la méthode journalistique, le recoupement des sources et le respect de la déontologie restent essentiels.

Il encourage aussi à développer de nouvelles compétences techniques, comme l’analyse d’images, le fact-checking ou les recherches en sources ouvertes. Dans un monde où l’information circule à toute vitesse et où les images peuvent être facilement manipulées, ces compétences sont devenues indispensables. Pour François Corbiau, une chose est sûre : malgré les défis posés par l’intelligence artificielle et les fake news, le rôle du journaliste est plus important que jamais.