PFL BRUSSELS: Quand l’octogone fait battre le coeur de la Belgique
PFL BRUSSELS: Quand l’octogone fait battre le coeur de la Belgique

Patrick Habirora au PFL Brussels à l’ING Arena – ©MAO
C’est une file à n’en pas finir qui se tient devant la célèbre salle bruxelloise, l’ING Arena. Près de 10 000 personnes se sont déplacés pour acceuillir la ligue du PFL au sein de notre capitale. Entre KO éclair, fierté nationale et espoir pour toute une génération. Récit d’une nuit au coeur du plus grand événement de MMA que le pays ait connu.
Au bord du gouffre
Une fois rentrée dans la salle, c’est les flashs et les lasers rouges qui frappent en premier. Une vague de chaleur monte du public, un mélange d’odeur de sueur et de bière. Chaque pas fait vers le centre de la salle augmente la sensation d’adrénaline traversant le corps. Des caméras de partout, des vigiles en costumes noirs, cheveux plaqués et oreillettes apparentes, la démesure américaine vient de débarquer dans la capitale européenne. Lors de la dernière édition, ils étaient 6000. Ce soir, l’ING Arena affiche presque complet, c’est presque 10 000 supporters qui ont répondu présents.
Munie d’un pass média et d’un appareil photo, j’ai la chance d’être aux premières loges, accroupie au pied de cette grande cage. À moins d’un mètre de moi, les combattants s’observent, les muscles tendus, le regard déterminé. Près à entrer dans cette cage dont le tapis est jonché de taches de sangs semblant encore fraîches. Une chose est sûre, personne ne vient pour faire de la figuration.
Le bruit du choc
L’ambiance monte d’un cran. Les combattants belges enchaînent les victoires sur les premiers combats, la salle commence à chauffer. Puis le speaker annonce un nom, et là, c’est comme si une seconde soirée commençait : Boris Atangana fait son entrée.
Dans la cage, le rythme est dingue. Atangana avance, le regard verrouillé sur son adversaire. Un coup fut fatal, le tibia du belge percute le flanc de l’américain lui faisant face. La suite va très vite. Une multitude de crochets qui semblent avoir l’effet de coups de marteaux, victoire par KO indéniable pour le belge.
À côté de moi dans la fosse, un jeune d’une vingtaine d’années, portant un t-shirt acheté au merch explose de joie. Les yeux grands ouverts, les bras levés vers le ciel, il hurle: « C’est ça la Belgique ! On vous avait dit ! », il me crie en rigolant, le visage en sueur.
20 secondes au chrono
Mais le “main event” de la soirée arrive. La salle s’éteint complètement pour l’entrée de Patrick Habirora, la star locale du MMA belge. En deux secondes, c’est près de 10 000 flashs de téléphones qui s’allument en même temps dans le noir et la foule qui chante l’air de “Alors on danse” de Stromae. Le bruit est tellement fort qu’on perçoit à peine la musique sortant des enceintes.
Face à lui, un Américain d’expérience, le visage déjà bien marqué par des années de métier. La tension dans la salle est folle. L’arbitre lance le combat. Et là, on en attendait pas moins de notre Belgian Bomber : en moins de 20 secondes, c’est un crochet droit dévastateur qui est envoyé à l’Américain qui tombe d’un bloc.
La foule est en délire, Habirora grimpe directement au-dessus de la cage, les bras ouverts devant la foule en délire. La structure en fer vibre dans tous les sens sous les sauts des supporters à un mètre de moi. Le sol bouge tellement que c’est impossible de faire une photo nette. L’onde de choc traverse toute l’Arena.
Dire Adieu aux clichés
Derrière le spectacle et les caméras, la soirée dit quelque chose de plus grand. Ce qui a trop longtemps été considéré comme un sport violent, dangereux et sans règles, montre aujourd’hui un tout autre visage. Ce qu’on voit dans la cage, c’est du travail et un respect d’une élégance folle entre les combattants une fois le chrono arrêté.
Dans un pays souvent divisé, cet octogone rassemble tout le monde. Pour des centaines de jeunes venus des quatres coins du pays, le sport offre une porte de sortie face aux soucis quotidiens. Le MMA ne pousse pas à la violence, il la canalise.
C’est également un message envoyé directement aux politiques belges, Patrick Habirora insiste lui-même sur ce message lors de la conférence d’après combat. Alors que le PFL vend ses images aux plus grosses chaînes américaines, la réussite de la soirée montre que le talent est bien là en Belgique et qu’il serait peut-être temps d’investir sur cette jeune génération qui ne demande qu’à briller pour son pays.
L’après-tempête
La salle se vide et les lumières blanches de l’ING Arena se rallument d’un coup, un peu aveuglantes. L’effervescence redescend doucement. La cage est démontée en un rien de temps, comme si cette soirée n’avait jamais existé.
Dehors, il fait noir, mais l’énergie est encore là. À côté du métro, un groupe de jeunes rejoue le KO d’Habirora en rigolant, les yeux encore pleins d’adrénaline. Ce soir, le PFL n’a pas seulement vendu du spectacle pour les télévisions américaines : il a clairement installé le MMA dans la culture sportive belge.