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Autre parquet, même combat

Ce 7 février, Anthony Davis est officiellement annoncé out pour le reste de la saison NBA. À des milliers de kilomètres, Bastien Gerard, lui, vit une réalité similaire. À 22 ans, ce talent belge apprend lui aussi que, parfois, c’est le corps qui décide.

CC BY NC – Speedy, Club de Basket, Mont-Saint-Guibert


Le grincement des chaussures résonne dans la salle, les ballons rebondissent et heurtent le sol, le “swish” des paniers accompagne chaque action. Ce bruit du filet reconnaissable par tout joueur. Bastien Gerard observe l’entraînement, bras croisés. Il connaît chaque mouvement par cœur. Pourtant, cette fois, il reste à l’écart. Encore une fois.

Le 7 février dernier, la NBA annonce qu’Anthony Davis ne pourra plus jouer pour les Mavericks cette saison. Blessé et mis au repos forcé. Une star stoppée net, une nouvelle fois. À Mont-Saint-Guibert, l’information résonne autrement. Moins médiatique. Pourtant, Bastien comprend trop bien ce que sig

nifie être arrêté par son propre corps.

De la cour de récré aux Spirou

Son histoire commence à 14 ans. Presque par hasard. Aujourd’hui, cela fait neuf ans qu’il joue. Huit saisons derrière lui. De la cour de récréation aux entraînements des Spirou Charleroi, la progression est rapide.

CC BY NC – Speedy, Club de Basket, Mont-Saint-Guibert

Il débute au Speedy Mont-Saint-Guibert. Trois saisons pour apprendre, progresser, se distinguer. Très vite, il est surclassé de deux ans grâce à ses lectures rapides et ses décisions justes.

À sa quatrième saison, il rejoint les entraînements des Spirou Charleroi. Matchs amicaux, intensité plus élevée, nouvelles exigences. Une immersion dans le basket de haut niveau.

Il passe ensuite une saison au Royal Basket Nivelles, en équipe senior. Puis le Covid frappe. Un an et demi sans compétition.

Quand il reprend, c’est au Speedy, en P3, en parallèle de ses études supérieures. Depuis, il joue toujours au sein de ce même club.

Un profil discret, un jeu tranchant

Sur le terrain, Bastien n’a rien de Goliath. 1m79 pour environ 80 kg, une silhouette sèche. Cheveux bruns. Plutôt discret, timide de nature en dehors du terrain. Dans un sport où les corps dépassent souvent les deux mètres, il pourrait sembler désavantagé.

Mais une fois les lacets serrés, le regard change. Il devient agressif en défense, appliqué, précis. En attaque, il privilégie la simplicité : son shoot en mi-distance, son tir à trois points. Sa capacité à choisir le geste juste. Il n’impose pas par le physique. Il surprend par la justesse. Il aime se faire oublier pour mieux surprendre. Il comptabilise une moyenne de 15 à 20 points par match.

Si Davis incarne la puissance et la domination physique au plus haut niveau, Bastien, lui, s’appuie sur la lecture du jeu et l’intelligence. Deux profils différents, mais deux manières d’exister sur un parquet.

Cinq ans à composer avec le corps

CC BY NC – Speedy, Club de Basket, Mont-Saint-Guibert

Tout semblait aligné.
Puis viennent les blessures.

Une première. Puis une autre. Le corps qui ralentit. Qui tire. Qui lâche. Les entraînements deviennent irréguliers. Les saisons hachées. Le rythme cassé.

Entorses à répétition, à gauche comme à droite. Tendinopathies des deux côtés. Entorse au genou. Fissure au ménisque. Pendant longtemps, une genouillère accompagne chacun de ses matchs. Cinq années marquées par les pépins physiques. Presque aucune saison complète.

La blessure ne lui donne pas envie d’arrêter. Mais mentalement, l’impact est lourd. Le corps hésite. La confiance diminue. Son investissement n’est plus le même qu’auparavant.

Le plus dur n’est pas seulement la douleur. Ce sont les entraînements manqués. Les matchs regardés depuis le banc. Le lien avec le groupe qui s’effrite. Cette impression d’être en dehors, même quand on fait encore partie de l’équipe.



Quand Anthony Davis est annoncé “out for the season”, le monde du basket parle d’absence, de statistiques, de titre compromis. Bastien, lui, pense surtout à ce que cela signifie dans la tête d’un joueur : le doute, la frustration, la peur de ne pas revenir pareil.

Les niveaux sont incomparables, les enjeux financiers aussi. Mais le combat intérieur, lui, ne dépend pas du nombre de caméras autour du terrain.

CC BY NC – Speedy, Club de Basket, Mont-Saint-Guibert

Sur le terrain, Bastien ajuste sa genouillère d’un geste précis, presque devenu rituel. Le ballon est là, mais ce n’est plus le seul adversaire. Parfois, le plus grand combat ne se joue pas contre un rival. Que l’on joue en NBA ou en P3, le plus grand adversaire reste le même : ce corps capable de porter un rêve… et de l’arrêter sans prévenir.

Alexis Vivier