ÉconomiePortraitSociété

Choisir de se former pour ne pas tomber

À 48 ans, mère célibataire et aidante proche, Karima Amimi se prépare à un retour sur le marché du travail devenu incertain. Entre peur de perdre ses revenus et espoir d’un nouveau départ, son parcours donne un visage humain à la réforme du chômage.

Il y a des dates qui marquent.
Fin février, pour Karima Amimi, c’est la fin du chômage.
Et le début d’une inquiétude bien réelle.

À 48 ans, cette mère célibataire vit avec sa fille de 22 ans. Depuis 2021, elle est sans emploi. À cela s’ajoute une autre responsabilité, invisible mais lourde : celle d’aidante proche. « J’ai aussi ma maman qui est invalide depuis quelques années. C’est moi qui m’en occupe le plus », explique-t-elle simplement.

Quand la réforme du chômage est annoncée, la réaction est immédiate. La peur.
« Je me suis dit : voilà, je vais me retrouver sans revenu. Et comme je suis seule avec ma fille, c’est moi qui dois subvenir aux besoins du ménage. »

Une peur concrète, presque mécanique. Payer les factures. Assurer l’essentiel. Ne pas sombrer.
Et surtout, ne pas savoir par où commencer.

La réforme comme électrochoc

Comme beaucoup de personnes concernées par la réforme, Karima se sent d’abord perdue face aux démarches. Trop d’informations. Trop peu de clarté. Jusqu’à ce qu’un rendez-vous change la donne.

« On m’a conseillé d’aller voir une conseillère à l’emploi. Elle m’a beaucoup écoutée. Et là, je me suis sentie avec une personne qui pourrait m’aider pour l’avenir. »

Un accompagnement décisif. Pas une solution miracle, mais un point d’appui. Ensemble, elles envisagent une formation. Une réponse concrète à une pression bien réelle : celle de devoir retourner sur le marché du travail.

Aujourd’hui, Karima est en plein dedans. Elle se forme au métier d’auxiliaire de l’enfance, un secteur en pénurie. Un choix stratégique, mais aussi profondément humain.
« Ce qui me rassure, c’est que j’ai choisi un métier en pénurie. Ça me permettra de travailler dans des crèches ou dans des écoles. »

Se former, oui. Mais après ?

Si la formation apporte de l’espoir, elle n’efface pas toutes les craintes. Car derrière les discours sur la réinsertion, une réalité persiste : l’âge.

« Vu mon âge, j’ai 48 ans, ce n’est pas évident. J’ai peur que sur le marché du travail, on choisisse quelqu’un de plus jeune, même après la formation. »

Une inquiétude partagée par de nombreux demandeurs d’emploi seniors. La réforme impose un retour à l’emploi, mais l’accompagnement est-il suffisant pour celles et ceux que le marché considère comme “moins attractifs” ?

Karima ne remet pas en cause la formation. Ni l’idée de travailler.
Elle questionne autre chose. L’après. Le regard des employeurs. La place réelle laissée aux profils plus âgés.

Un parcours, pas une statistique

À travers son histoire, Karima incarne une réalité souvent absente des débats politiques : celle des femmes seules, des aidantes proches, des personnes qui veulent travailler mais qui avancent avec des contraintes invisibles.

La réforme du chômage n’est pas qu’une ligne dans un texte de loi.
C’est une échéance. Une pression. Parfois un moteur.

Pour Karima, elle aura été les trois à la fois.

Et si l’avenir reste incertain, une chose est sûre : elle avance.
Avec lucidité. Et courage.