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L’organisme qui peut sanctionner vos enfants

La plupart des jeunes sportifs n’ont jamais entendu parler de l’ONAD  pourtant, elle contrôle aussi les amateurs. Qui sont-ils ? Comment ça marche ? Thomas Lecomte, directeur de l’Organe National Antidopage de Belgique, nous éclaire sur un système qui touche bien plus de sportifs qu’on ne le croit. 

Un organisme méconnu, des pouvoirs bien réels 

Son nom ne fait pas les manchettes des journaux sportifs. Pourtant, l’ONAD  l’Organe National Antidopage  est l’autorité indépendante chargée de mettre en œuvre la politique antidopage en Belgique. Créée en 2003 au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sa mission est triple : prévenir, détecter et sanctionner l’usage de substances ou méthodes interdites dans le sport. Et contrairement à ce que beaucoup de parents imaginent, son champ d’action ne se limite pas aux athlètes professionnels. 

Thomas Lecomte, directeur de l’institution, est catégorique : « Cette mission s’applique aux sportifs d’élite, aux sportifs de haut niveau, mais aussi aux sportifs amateurs. Dès lors qu’un jeune est licencié dans une fédération sportive reconnue, il entre dans notre champ d’action. » En 2024, ce sont ainsi plus de 2 000 contrôles qui ont été effectués rien qu’en Flandre, et près de 1 000 en Fédération Wallonie-Bruxelles  des chiffres qui incluent des sportifs amateurs de tous âges. 

« Un parent doit obligatoirement être présent lors du contrôle d’un mineur. » 

Les jeunes en compétition : une population vulnérable et sous-informée 

Ils ont 13, 15 ou 17 ans. Ils s’entraînent trois fois par semaine, rêvent de podiums et ignorent souvent tout des règles antidopage qui les concernent pourtant directement. Car dès qu’un jeune sportif s’inscrit à une compétition fédérale  qu’il s’agisse d’un tournoi de judo, d’une course cycliste ou d’un championnat de natation  il devient soumis au règlement antidopage, au même titre qu’un professionnel. 

Les contrôleurs de l’ONAD peuvent se présenter lors d’une compétition  ou même en dehors  et demander un prélèvement urinaire ou sanguin. Rares pour les plus jeunes, ces contrôles sont légalement possibles. La procédure diffère cependant : un parent

Thomas Lecomte, directeur de l’institution

ou tuteur légal doit être présent à tout moment. « Nous veillons au strict respect de ces garanties », insiste Thomas Lecomte. Ce qui préoccupe l’institution, c’est surtout l’effet de modèle : les jeunes athlètes, impressionnés par des champions médiatisés, peuvent être tentés de reproduire certaines pratiques pour se surpasser. 

« La pression de gagner peut pousser un jeune à franchir des lignes qu’il n’aurait jamais imaginé franchir. » 

La pression : le vrai moteur du dopage chez les jeunes 

Derrière chaque contrôle positif d’un jeune sportif, il y a souvent une histoire de pression. Pression des parents qui ont investi temps et argent dans la carrière de leur enfant. Pression de l’entraîneur qui veut des résultats. Pression des pairs dans un vestiaire où la performance devient une monnaie sociale. Et pression de la compétition elle-même, où quelques dixièmes de seconde ou quelques kilos soulevés de plus peuvent tout changer. 

« Un complément acheté en pharmacie peut provoquer un contrôle positif. » 

Compléments alimentaires : le piège du sportif amateur 

Stéroïdes anabolisants, hormone de croissance, EPO : quand on parle de dopage, ce sont ces substances qui viennent en tête. Mais pour les jeunes sportifs amateurs, la réalité est bien différente. La menace vient souvent de produits bien plus banals : des

compléments alimentaires achetés en ligne ou dans des magasins de nutrition sportive, dont l’étiquetage n’est pas toujours fiable. 

Un adolescent peut ainsi consommer, de bonne foi, une poudre protéinée contenant un stimulant non mentionné sur l’emballage et se retrouver avec un résultat positif lors d’un contrôle. « L’ignorance ne constitue pas une excuse reconnue par le Code mondial antidopage », rappelle Thomas Lecomte. C’est pourquoi l’ONAD a développé des kits pédagogiques destinés aux enseignants du primaire, et intervient directement dans les clubs et écoles sportives pour sensibiliser les jeunes à ces risques. 

« Une sanction peut aller jusqu’à quatre ans de suspension, même pour un mineur. » 

Des sanctions lourdes qui ne font pas de cadeaux 

Deux à quatre ans de suspension. C’est la fourchette prévue par le Code mondial antidopage pour une première infraction, et elle s’applique quel que soit l’âge du sportif. Pour un jeune qui débute à peine sa carrière, une telle sanction peut signifier la fin de ses ambitions sportives. Des circonstances atténuantes sont toutefois possibles pour les mineurs  notamment lorsque l’infraction résulte d’une négligence sans intention de tromper mais elles ne sont jamais automatiques. 

Thomas Lecomte tient à être clair sur ce point : « Aucune infraction n’est ignorée. Mais notre objectif n’est pas de détruire une carrière. C’est de protéger l’intégrité du sport et la santé des sportifs, en particulier des plus jeunes dont l’organisme est encore en plein développement. » 

image dopage

« Les parents sont notre premier relais. Ils doivent être informés. » 

Ce que les parents peuvent faire dès aujourd’hui 

Face à ces enjeux, l’ONAD ne se présente pas seulement comme un gendarme. Thomas Lecomte formule trois recommandations concrètes pour les familles. Vérifier systématiquement la composition de tout complément alimentaire avant autorisation; la liste des substances interdites est consultable gratuitement sur le site de l’AMA. Consulter un médecin du club ou le médecin traitant avant toute prise de médicament, même sans ordonnance. Et ne pas hésiter à contacter directement l’ONAD : une ligne d’information est ouverte au public, et les équipes répondent volontiers aux questions des familles. 

Car derrière les chiffres et les règlements, l’enjeu est avant tout humain. « Le dopage nuit à l’image du sport et décourage les jeunes qui craignent de se retrouver face à des adversaires injustement plus performants », conclut Thomas Lecomte. « Notre rôle est de leur garantir que, sur le terrain, les règles du jeu sont les mêmes pour tout le monde. » 

ONAD Belgique — www.onad.be  |  www.dopage.cfwb.be  |  Liste AMA : www.wada-ama.org