À travers le regard de Robert Doisneau
Pionnier de la photographie et du photojournalisme, Robert Doisneau s’affiche en 400 tirages au musée de la Boverie à Liège. Au cœur de cet espace se dégage un univers humaniste pur et simple où le public déambule et découvre des « Instants donnés » pris pour la plupart en noir et blanc.
Au milieu d’un parc arboré se dresse une large bâtisse bien connue des Liégeois… le musée de la Boverie. Une fois les larges portes du musée franchies, une atmosphère particulière s’impose. Les visiteurs flânent tranquillement d’œuvre en œuvre pour admirer les différents instants que l’artiste a su capturer au cours du XXe siècle. Les photos sont pour la plupart saisies dans les rues et les lieux parisiens. Toutefois, d’autres villes ou espaces sont à l’occasion aussi exploités.

Les couleurs vives des cimaises mobiles mettent en lumière chaque photo, leur rendant à chacune un caractère unique. Ces dernières créent un parcours dynamique sous forme de serpent. « En traversant les salles de l’exposition, j’ai vraiment eu l’impression d’être dans une sorte de labyrinthe dont les mûrs n’étaient pas trop éloignés. Ça m’a permis de me retourner à chaque fois pour observer sans problème la photo fixée sur le panneau derrière moi et d’ensuite continuer sans en oublier… », explique Caroline, une femme aux cheveux courts et vêtue d’une veste en cuir. Ces instants de contemplation lui ont permis de voyager dans ses pensées.

Robert Doisneau : une vie, une carrière
Plusieurs visiteurs partagent être enchantés par les explications murales qui permettent de mieux comprendre l’homme qu’est Robert Doisneau et de mieux décrypter ses photos. Dès le début de la visite, une frise chronologique en noir et blanc de l’artiste, retraçant sa vie de sa naissance en 1912 à sa mort en 1994, suscite beaucoup d’attention. L’un des visiteurs, grand, aux cheveux bruns, d’une trentaine d’années confie : « C’est impressionnant de voir ainsi toutes les étapes de sa vie tant privée que professionnelle. Je suis surpris car je connais les photos de ses débuts dans les années 30 dans les rues de Paris, mais cela revient aussi à ses dernières œuvres dans les années 90. Cette frise est vraiment pour moi le moment de prendre conscience de combien la carrière de R. Doisneau est longue et prolifique. »
« Il y a un chouette dynamisme dans ses photos. »
Les compositions dynamiques ne manquent pas chez Robert Doisneau. « J’apprécie particulièrement l’énergie puissante qui se dégage des clichés d’enfants, relate Stéphane, un visiteur d’une cinquantaine d’années. On a l’impression d’y être ! » En effet, lorsque Robert Doisneau se met à l’œuvre, il essaye de se fondre dans la masse pour faire partie du groupe tout en gardant ses distances pour observer. Si l’exposition se nomme « Instant donné », c’est en raison de son processus de photographie. Il s’arrête pour observer et attendre de capturer un moment précis. L’artiste aime jouer avec la contre-plongée pour animer, par des lignes directrices, ses photos. Il trouve également que trop de détails empêchent la lisibilité d’une image.
Le noir et blanc, un duo qui captive le regard
Le musée présente, pour la plupart du temps, des clichés en noir et blanc. Une jeune visiteuse, parée de bijoux, témoigne que cela rajoute une énergie forte et un caractère percutant. « Le noir et le blanc permettent d’accentuer les expressions du visage. La beauté des choses ne se trouve pas uniquement dans la couleur, mais dans ce que l’on ressent à travers ce qu’on voit. »
La photographie qui marque le plus la jeune femme est celle où l’on retrouve un homme et une femme valsant et tourbillonnant. Robert Doisneau utilise la vitesse d’obturation lente pendant que les danseurs virevoltent. Cette technique photographique laisse apparaître des mouvements hors du commun. Le corps des deux personnes tourne l’un autour de l’autre, rendant l’action à la fois dynamique et atypique, comme s’ils s’entremêlent.

Une expérience immersive
Au milieu du parcours, un espace d’environ 20 mètres recrée une « chambre noire ». Lorsque le visiteur entre dans cette pièce entièrement éclairée, il est directement confronté à l’atmosphère du développement photographique de l’époque de R. Doisneau. Au mur de celle-ci, une animation permet d’apprendre les différentes étapes par lesquelles un photographe doit passer. Devant la projection, se trouve une table vitrée dans laquelle est placé du matériel comme des produits chimiques, des appareils photos, des livres, des pinceaux, des films et une loupe.
« J’apprécie beaucoup cette mise en scène. En y entrant, la lumière change de teinte et devient rouge comme dans une chambre noire de l’époque ! A mon sens, c’est un réel plus car cela rend « vivant » le processus de développement des photos. Les visiteurs sont nombreux à rester pour toute l’animation projetée et semblent particulièrement intéressés. »

Même si le public circule calmement, le niveau sonore est conséquent. Entre les chaussures qui couinent sur le sol en pierre grise, les chuchotements et les commentaires, le musée résonne littéralement. Pourtant, les visiteurs ne semblent pas tant dérangés. Leur regard reste concentré, plongé dans les œuvres. A travers cette exposition, le musée de la Boverie propose définitivement un parcours immersif où le visiteur devient voyageur dans l’univers de Robert Doisneau ! Il découvre des enfants jouant dans les rues ou les cours de récréation, des ouvriers travaillant dans les usines de la société Renault ou des bourgeois évoluant dans les beaux quartiers. C’est un lieu culturel où la contemplation et la réflexion coexistent.