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« Je compte tout » : quand l’inflation grignote le budget des étudiants

©pixabay, Avec la hausse des prix, les étudiants doivent faire attention à chaque dépense du quotidien.

Courses, kot, transports… Avec la hausse des prix, beaucoup d’étudiants ont l’impression de vivre avec une calculatrice. Certains racontent comment ils s’adaptent, parfois au prix de petits renoncements.

Dans ses dernières publications, Statbel continue de suivre l’évolution de l’indice des prix à la consommation. En clair : tout ce qui touche au quotidien, comme l’alimentation, l’énergie ou les transports. Pour les étudiants, ces hausses se sentent vite. Par ce que le budget est déjà serré, et qu’il n’y a pas vraiment de marge.

«Je suis à zéro vers le 20 »

Elisa, 21 ans, vit en kot. Elle n’a pas besoin de réfléchir longtemps quand on lui demande son budget. « Je suis autour de 520 euros par mois. Et franchement, je suis à zéro vers le 20. »

Elle raconte que son kot prend presque tout. « Le logement, c’est 380 euros. Après j’ai internet, mes abonnements… Donc il ne me reste pas grand-chose pour les courses et tout le reste. »

Elisa dit qu’elle fait beaucoup plus attention qu’avant. Elle explique que même les petits achats deviennent un choix. « Même un achat de 5 euros, bah je réfléchis.

©pixabay, le logement représente souvent la plus grosse part du budget étudiant.

Courses au centime

Quand on lui demande ce qui a le plus changé, Elisa répond sans hésiter que c’est l’alimentation. « Je compare tout. Je prends les marques les moins chères, j’ai arrêté presque tous les extras. »

Elle cite les snacks, les boissons, et surtout les repas rapides. « Un snack, c’est facile 8 ou 9 euros. Si tu fais ça deux fois dans la semaine, tu le sens direct. »

Yanis, 23 ans, confirme la même logique. Il explique qu’il se fixe des limites. « Avant je prenais un café tous les jours. Maintenant c’est une fois par semaine. »

Sorties et loisirs

©pixabay, face à un budget serré, les étudiants réduisent leurs sorties et leurs loisirs.

Pour Elisa, les sorties sont devenues le premier poste sacrifié. Elle explique que ce n’est pas seulement une question de plaisir, mais de calcul. « Un verre ce n’est pas juste un verre. Il y’a le transport, parfois tu manges un truc, tu montes vite à 15 ou 20 euros. »

Elle dit qu’elle refuse plus souvent qu’avant, parce qu’elle sait que ça peut déséquilibrer son mois. « Maintenant je dis non plus souvent. »

Même pour Yanis, les loisirs ont changé de statut. Il raconte qu’il évite certains évènements, même quand ses amis l’invitent. « Tu dois choisir. Un concert ou un resto… pas les deux. Sinon ton mois est foutu. »

Travailler plus ?

Face à l’augmentation des prix, certains étudiants pensent à travailler davantage. Elisa explique qu’elle fait parfois du baby-sitting, mais que ce n’est pas une solution miracle. « Ça aide mais c’est pas régulier. Et parfois c’est stressant, parce que tu dois être disponible à des heures où tu devrais réviser. »

Elle insiste sur un point : travailler plus peut avoir un impact sur les études. « Si je travaille trop, je suis crevée. Et je suis moins concentrée en cours. Ce n’est pas toujours rentable. »

Yanis explique lui aussi que le job étudiant ne compense pas tout. « Tu gagnes un peu mais tu cours derrière. Parfois, tu finis la journée épuisé et t’as envie de tout laisser tomber. Et puis, ça reste juste pour couvrir les frais de nourriture ou extra ponctuel. »

Le service social débordé

Du coté du service social de l’école, la tendance est claire : les demandes d’aide augmentent. « Oui, on voit clairement une hausse. C’est plus fréquent qu’avant. Les étudiants nous contactent dès qu’ils sentent une difficulté, mais certains attendent trop longtemps. »

Le service social explique aussi que les profils ont changé : il ne s’agit plus seulement de situations déjà très précaires. « On voit des étudiants qui n’avaient jamais demandé d’aide. Ils découvrent qu’ils peuvent être aidés avant que ça devienne grave. »

Les postes qui reviennent le plus sont le logement et l’alimentation. « Les deux gros postes sont le logement et l’alimentation. Et ces deux-là grèvent beaucoup le budget mensuel. »

Statbel confirme

L’indice des prix à la consommation publié par Statbel permet de suivre l’évolution des dépenses essentielles en Belgique, notamment l’alimentation, l’énergie et les transports. Pour les étudiants, ces postes pèsent particulièrement lourd, car ils représentent une grande partie d’un budget déjà serré.

« Le plus dur, c’est pas de se priver. C’est de penser à l’argent tout le temps », résume Elisa.