Le corps : un enjeu central du football féminin
Elle enchaîne entraînement sur entraînement et match après match. Tout cela avec une grande détermination. Seulement, derrière chaque accélération, chaque duel et chaque entraînement se cache un enjeu invisible…son corps. Zoé a maintenant 17 ans et continue, malgré tout, son sport en faisant face aux nouveaux défis que lui impose son corps en pleine période de croissance. Le football féminin n’est plus seulement un jeu physique. C’est également une véritable épreuve.
Ses cheveux noirs attachés se balancent au gré des mouvements dynamiques de son corps mince et musclé. Défenseuse centrale et, depuis peu, gardienne, Zoé protège par tous les moyens la « cage » de son équipe. Il peut lui arriver de plonger sur le sol plein de boue pour rattraper le ballon. C’est avec enthousiasme et persévérance qu’elle le récupère coûte que coûte pour sauver l’équipe et ne pas la pénaliser. Être sur le terrain, le dernier rempart, est un rôle qu’elle prend très au sérieux. Rien ne l’arrête, elle reste concentrée à analyser le jeu et ses adversaires. Toutes ses actions n’ont qu’un seul but : Gagner !
Premiers défis : affronter les garçons et surmonter la peur du jugement
À 9 ans, Zoé intègre sa première équipe de football féminine à Boitsfort, où l’âge varie entre 12 et 16 ans. Elle ne souhaitait pas rejoindre une équipe mixte où les membres avaient le même âge qu’elle. C’est un choix basé sur la peur du jugement, la peur de ne pas être assez à la hauteur et la peur d’être exclue du jeu.
Cela n’a pourtant pas empêché Zoé et son équipe de jouer contre des garçons. C’était la décision du coach de les confronter au jeu masculin et de les mettre au défi. Ainsi, elles pouvaient se dépasser et apprendre à devenir plus brutales. Zoé a pu constater que, même si les garçons apprenaient les mêmes bases que les filles, ils sont physiologiquement plus rapides et plus forts.
À cet âge, Zoé était encore petite et fine. Jouer contre la gent masculine restait difficile et pouvait la démoraliser lors des défaites. C’est pour cette raison que le coach changeait parfois les tactiques pour contrer la différence de vitesse. Entre 12 et 16 ans, les joueuses s’amélioraient sur le plan tactique. Même si, dans leur équipe, l’âge était plus varié, il y avait une certaine homogénéité. Cela ne dérangeait donc pas Zoé, car elles évoluaient globalement toutes dans la même zone de performance.

Écouter son corps en gérant la douleur et en respectant ses limites
C’est durant la période d’adolescence que les jeunes filles font face à la puberté et à leurs premiers cycles menstruels. Tous les mois, Zoé doit supporter une douleur plus ou moins forte dans le bas du ventre, qui peut s’étendre jusqu’au dos. L’unique façon de la contrer est de prendre du Buscopan. Ce médicament agit dans les 15 minutes qui suivent.
Lors de son cycle, Zoé veille à bien en prendre avant chaque match et entraînement. Sur le terrain, il lui arrive de s’accroupir pour diminuer les crampes. Elle fait cela lorsque le ballon et l’action se trouvent au loin et que le coach ne la regarde pas. C’est une façon pour elle de garder des forces.
Elle ajoute également que, lorsqu’elle est en mouvement, les douleurs s’oublient tellement elle est concentrée sur le jeu. S’il lui arrive de dépasser ses limites, elle en a conscience et se sait responsable d’y prêter attention. Son corps a des limites et il lui faut les respecter.
Elle précise : « Les coachs s’adaptent aussi à nos besoins d’entraînement. Ils restent attentifs, d’autant plus si l’une d’entre nous est blessée. Dans des situations pareilles, ils veillent à ce que la footballeuse n’aille pas puiser dans toutes ses forces. » En effet, tenant compte de leur état physique, les entraîneurs ajustent également les exercices.
Apprendre à se mesurer aux adultes
De ses 16 ans jusqu’à aujourd’hui, Zoé a rejoint la P3 et la P1. Ce sont des équipes, encore une fois composées uniquement de filles, mais qui ont cette fois-ci entre 16 et 40 ans. C’était un nouveau défi pour Zoé de se confronter à des adultes. Aujourd’hui, ce n’est plus quelque chose qui l’impressionne.
Les entraînements lui ont permis de prendre plus confiance en elle, sans être intimidée par l’adversaire. Les exercices consistaient à opposer une adulte à une plus jeune. Ainsi, les deux joueuses apprenaient à réaliser des duels face à un gabarit différent du leur.
L’avantage de Zoé est d’être plus rapide, tandis que celui des adultes est d’avoir une carrure plus forte. Elles apprennent à coexister sur le terrain, et c’est cette cohésion qui leur permet de remporter plus facilement des victoires.
S’adapter à son corps c’est écouter, anticiper et avancer

Zoé ne perçoit pas son corps comme un obstacle. De son point de vue, la clé pour avancer sereinement est d’être à l’écoute de celui-ci. Elle précise qu’au début, il faut pouvoir s’acclimater au changement et que c’est en adoptant de nouvelles habitudes que l’on finit par s’y faire.
Par exemple, concernant la croissance de sa poitrine, Zoé s’est assez vite munie de sous-vêtements de sports rendant ses mouvements plus aisés. Grâce à sa brassière, elle ne réfléchit pas à l’inconfort que sa poitrine lui procure lorsqu’elle doit courir. Zoé anticipe également ses prochaines menstruations en se munissant de bandes hygiéniques et de médicaments réduisant la douleur et le malaise.
Le plus difficile, d’après elle, était la fatigue. Au lieu d’être à 100% de ses capacités, elle n’était qu’à 80%. Malgré cette évolution corporelle, cela ne l’empêche pas de poursuivre ses objectifs avec détermination sans pour autant se mettre en danger. Elle ne considère pas son corps comme un obstacle, mais comme une épreuve de la vie à laquelle il faut faire face.
