40 ans et sans enfant : « Ma vie ne correspond pas au modèle classique »
En Belgique, les naissances diminuent ces dernières années. Selon statbel, environ 110 000 bébés sont nés en 2023, soit nettement moins qu’il y a dix ans. Derrière ces statistiques se cachent des parcours de vie très différents. À 40 ans, Caroline qui n’a pas d’enfant, raconte son choix et la manière dont la société réagit encore à cette situation.
Caroline a 40 ans, travaille comme secrétaire au Golf de Jurbise et vit à Mons. Elle n’a jamais eu d’enfant. Non pas par refus catégorique, mais parce que la vie ne l’a pas menée dans cette direction. « Je n’ai jamais eu de relation très longue », explique-t-elle. « La plupart ont duré deux ou trois ans, et la plus longue un peu plus de cinq ans. » Aujourd’hui, elle est en couple avec un homme qui a déjà des enfants. Une situation qui lui permet de vivre une forme de « parentalité » différente.

À 25 ans, Caroline imaginait encore avoir des enfants, « comme tout le monde ». Pourtant, les années ont passé sans que ce projet ne se concrétise. Sa vie ne s’est jamais construite autour de cette idée, notamment faute d’avoir rencontré, au moment opportun, une relation suffisamment stable pour envisager de fonder une famille.
Aujourd’hui, elle observe avec recul la baisse de la natalité en Belgique. Selon elle, ce phénomène s’explique par plusieurs facteurs : l’instabilité professionnelle, le coût de la vie, mais aussi une évolution des mentalités. « Avant, avoir des enfants était presque automatique. Maintenant, les femmes ont davantage de choix et peuvent réellement se demander si elles en veulent », explique-t-elle.

Malgré ces changements, la pression sociale reste bien présente, en particulier dans le cadre familial. Passé un certain âge, les remarques se font de plus en plus insistantes. « À partir de 30-35 ans, on entend souvent : “Alors, c’est pour quand ?” », confie Caroline. Si ces questions l’ennuyaient autrefois, elle dit aujourd’hui y répondre avec plus de détachement, affirmant simplement que son parcours est différent.
Sa situation personnelle a néanmoins fait évoluer sa perception de la vie de famille. Son compagnon ayant déjà des enfants, elle partage régulièrement leur quotidien. Sans se considérer comme une mère, elle apprécie cette relation qui lui permet d’expérimenter certains aspects de la vie familiale, sans en porter l’entière responsabilité.
Par ailleurs, Caroline entretient un lien très fort avec sa nièce de 8 ans, Elisa. Elle passe beaucoup de temps avec elle, allant parfois la chercher à l’école. « D’une certaine manière, j’ai l’impression d’avoir un rôle important dans sa vie », confie-t-elle, évoquant une forme d’engagement affectif qui dépasse le cadre parental classique.
Les chiffres publiés par Statbel confirment une baisse des naissances depuis plusieurs années en Belgique. Pour Caroline, ils montrent surtout la différence des trajectoires de la vie. « Aujourd’hui, on peut construire sa vie de plusieurs façons. Avoir des enfants reste magnifique pour ceux qui le souhaitent, mais ce n’est plus la seule manière d’être heureux. »

Face à certaines remarques plus dures, notamment celles évoquant la solitude future des personnes sans enfants, elle se montre critique. « On m’a déjà dit : “Qui sera là pour toi quand tu seras vieille ? ” Je trouve ça assez violent », affirme-t-elle. Elle rappelle que la présence d’enfants ne garantit en rien d’éviter l’isolement et souligne l’importance des liens choisis : amis proches, famille, ou encore les enfants de son compagnon. « Les relations que l’on construit ne sont pas forcément biologiques, mais elles peuvent être tout aussi fortes », conclut-elle.
Dans une société où les modèles de vie évoluent, son témoignage illustre une réalité de plus en plus répandue : celle d’un bonheur qui ne passe pas nécessairement par la parentalité. Et si, finalement, la véritable question n’était plus « quand avoir des enfants », mais bien « comment construire une vie qui nous ressemble » ?