Derrière les chiffres de la pauvreté : le quotidien compliqué d’une mère célibataire
En Belgique, de nombreuses familles monoparentales sont particulièrement exposées au risque de pauvreté. À 43 ans, Nadia élève seule ses deux enfants et tente chaque jour de maintenir l’équilibre entre travail, finances et vie familiale.
Une étude de StatBel publiée en février 2026 montre qu’en 2025, près de 16,5 % de la population courait un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Les familles monoparentales sont souvent plus propices à ce genre de difficultés. C’est le cas pour Nadia, 43 ans, mère célibataire de 2 enfants.

Nadia vit avec ses deux enfants, Inès, 10 ans, et Adam, 7 ans, dans un petit appartement à Saint-Gilles depuis la mort de son mari il y a 2 ans. Aide-soignante dans une maison de repos, elle fait de longues journées pour une paie qu’elle décrit comme « moindre pour les heures de travail faites ».
Avant la mort de son conjoint, Nadia explique que son quotidien, certes rythmé, était quand même plus simple. Partage des responsabilités, temps pour elle-même et un statut financier beaucoup plus serein avec un salaire en plus à la fin du mois.
Elle explique faire aujourd’hui des journées intenses. Elle se lève à 6 heures, prépare le petit déjeuner, dépose les enfants à l’école et part travailler. Le soir, Nadia récupère ses enfants, aide pour les devoirs, prépare le dîner et s’occupe du coucher. Avec un quotidien aussi rythmé, elle explique « n’avoir aucun temps pour les sorties, voir mes copines, aller manger quelque chose. Je suis de garde du réveil au coucher ».
Les nombreuses difficultés
L’étude de StatBel met en avant que « 5,8 % de la population était confrontée à une privation matérielle et sociale. ». Nadia est privée de connexion sociale mais elle explique également rencontrer des difficultés matérielles. Elle dit devoir « calculer chaque dépense pour finir le mois » et avoue avoir dû demander de l’aide à plusieurs occasions pour les activités scolaires ou les fournitures de ses enfants.

Questionnée sur l’impact que cette situation a sur ses enfants, Nadia, les larmes aux yeux, raconte que son aînée, Inès, a déjà partagé son inquiétude concernant les problèmes financiers de la famille. « Elle m’a demandé si on avait assez d’argent pour acheter un gâteau pour son anniversaire », raconte-t-elle, tête baissée.
Elle partage son épuisement mental lié à l’éducation de ses enfants toute seule, elle dit avoir « beaucoup de responsabilités » et devoir prendre toutes les décisions. « Il n’y a personne pour partager les choix », ajoute-t-elle.

Des points positifs et un regard vers l’avenir
La mère célibataire partage quand même quelques instants de répit qu’elle peut trouver au milieu de ces moments compliqués. Ses enfants sont une grande source de joie dans sa vie : « quand on rit ensemble ou qu’on regarde un film tous les trois, je me dis que tout ça en vaut la peine », dit-elle, émue.
Même si elle doit souvent tout gérer seule, cette situation lui a aussi permis de devenir plus forte et plus indépendante. Elle dit : « J’ai appris à mieux m’organiser et à faire face aux problèmes avec courage ». Pour elle, voir ses enfants grandir et être heureux est la plus grande récompense.
Malgré les défis du quotidien, Nadia garde espoir pour l’avenir. Elle aimerait améliorer sa situation professionnelle afin d’offrir plus de stabilité à ses enfants. Son objectif est surtout de leur donner une vie équilibrée et de leur montrer qu’il est possible de surmonter les difficultés avec de la persévérance.
Elle espère également avoir un peu plus de temps pour elle dans le futur, afin de retrouver une vie sociale et prendre soin d’elle.
Une réalité derrière les chiffres
Le soir, une fois ses enfants couchés, Nadia prend parfois quelques minutes pour elle, dans le silence de son appartement. Elle pense à la journée écoulée, à celle du lendemain qui sera sans doute similaire. Entre responsabilités, fatigue et inquiétudes, son quotidien laisse peu de place au répit. Comme elle, de nombreuses familles monoparentales vivent cette réalité en Belgique, « plus de 1,9 million de Belges courent un risque de pauvreté ou d’exclusion sociale » avance Statbel. Des chiffres qui traduisent une tendance, mais qui peinent à raconter ces vies faites d’efforts constants, d’équilibres fragiles et de moments, parfois discrets, de réconfort.
Par Aya Kawar
