« Je n’ai jamais rêvé d’être mère »
Entre maquettes et nuits sans sommeil, elle imagine des espaces pour les autres, mais il y a bien une chose que Weronika, 23 ans, ne s’imagine pas : avoir des enfants. Elle est convaincue que c’est la bonne décision, même si ses proches ne sont pas toujours d’accord avec elle. Son cas s’inscrit dans les statistiques belges.
En Belgique, les naissances continuent de diminuer. Selon Statbel, elles ont baissé de 3,4 % en 2025 dans tout le pays, avec une chute encore plus marquée de 4,8 % en Région de Bruxelles-Capitale par rapport à la période 2021-2024. Derrière ces chiffres se cachent des choix de vie parfois difficiles à faire entendre. À 23 ans, Weronika, étudiante en architecture, assume clairement le sien.

Actuellement en 4e année, Wera affirme avoir pris la décision de ne pas fonder de famille traditionnelle dès son plus jeune âge : « Depuis toute petite, je savais que je ne voulais pas avoir d’enfants. » Pendant que ses copines jouaient à la maman, elle les suivait par jeu mais ne se projetait jamais dans ce rôle. « Je n’avais pas le sentiment que ce serait moi dans le futur. Je n’avais pas le désir de savoir ce que c’est d’avoir un enfant. » Pour elle, ce n’était qu’un jeu et rien de plus.
Une décision, souvent encore incomprise
Autour d’elle, les réactions sont nombreuses. Son choix reste difficile à comprendre pour les générations plus âgées, qui lui disent souvent : « Tu verras, tu changeras d’avis » ou « Maintenant tu dis que t’en veux pas, mais on ne sait jamais, plus tard, quand tu rencontreras la bonne personne ». Ce à quoi elle aimerait répondre : « J’ai juste envie de leur dire de la fermer », mais, à la place, elle soupire et affiche un faux sourire sur son visage.
La question de la famille est souvent délicate dans les familles où les générations ont grandi de manière différente : « Mes parents et leurs amis viennent de l’Est, de la Pologne communiste, et ont grandi dans la mentalité où avoir un mari et une famille, c’est la suite logique après l’école. Pour nous, la famille est quelque chose de très important et, souvent, le rôle de la femme est auprès de son mari, même si ça a pas mal changé. Pour eux, on n’est pas accompli si on n’a pas d’enfants. »
Elle, au contraire, se voit autrement : « La vérité est que je serai plus accomplie sans enfants qu’avec. » Certaines personnes qualifient son choix d’égoïste, mais elle rejette complètement cette critique : « Je trouve que c’est tout l’inverse. Décider d’avoir un enfant sans le vouloir, sans savoir lui donner l’amour et l’attention dont il a besoin, ça, c’est égoïste à mon avis. »
Fonder une famille, c’est super, mais pas pour moi

Elle insiste sur le fait qu’elle ne juge absolument pas ceux qui veulent fonder une famille. Elle prend l’exemple de son amie : « Elle adore les bébés. Elle a une bonne approche, elle sait comment matcher leurs énergies, elle adore jouer avec eux et elle sait qu’elle en veut plus tard. Au point que son plus grand cauchemar serait d’être infertile. »
Pour Wera, c’est tout l’inverse : « Mon plus beau rêve serait de ne pas pouvoir biologiquement avoir d’enfants, car là, au moins, je ne devrais pas me justifier. Je pourrais juste dire : “Tant pis, je ne pourrai pas avoir d’enfants.” »
Doute et remise en question
Cette décision n’est pas venue sans doutes ni remises en question. Elle raconte qu’il y a un an, alors qu’elle se préparait pour une présentation de projet qui lui avait procuré énormément de stress et l’avait privée de sommeil, elle s’est posé plusieurs questions : « D’où m’est venue cette idée ? Pourquoi je ne veux pas en avoir alors que c’est ce pour quoi on est créé ? Est-ce que je vais le regretter plus tard ? »
La pression sociale et familiale pour avoir des enfants n’est pas minime. Elle évitait chaque repas de famille parce qu’elle sentait venir les questions sur sa vie amoureuse ou les enfants. Avec le temps, elle a identifié plusieurs raisons.

D’abord, son environnement familial : « J’ai vu des parents qui ne s’entendaient plus mais restaient ensemble par habitude. Ça a eu un impact sur moi et mes frères. » Ensuite, il y a la réalité du monde actuel : « Quand on voit le prix des logements qui ne fait que monter, les conflits, les missiles qui volent presque au-dessus de nos têtes… ça fait réfléchir. »
Pour Wera, ces facteurs rendent la perspective d’avoir un enfant encore plus lourde à envisager : « Quand on réalise le coût de la vie, on devient moins enclin à vouloir des enfants. »
Une vie imaginée autrement
Wera ne voit pas sa vie toute tracée. Elle a le désir de vivre librement, de saisir des opportunités qu’elle juge bonnes pour elle et de déménager si un projet l’intéresse vraiment. Consciente que certaines personnes parviennent à concilier ces aspirations avec la parentalité, elle est convaincue que cela implique une responsabilité immense qu’elle ne veut pas forcément.
À ses yeux, avoir un enfant n’est pas une décision à prendre à la légère mais à méditer longuement : « On ne fait pas d’enfants juste parce qu’on les trouve mignons. C’est une vie dont on est responsable jusqu’à la fin de nos jours. »
Elle préfère voyager, construire des espaces de vie et surtout mener sa vie à sa manière, sans se remettre en question à cause du regard des autres.
