Les CPAS et la réforme du chômage : le manque de personnel inquiète
Avec les réformes du nouveau gouvernement Arizona, des milliers de personnes vont devoir se tourner vers les CPAS pour survivre. Mais ces derniers disposent-ils des ressources humaines nécessaires pour les accompagner ?
En janvier, une nouvelle réforme du chômage est entrée en vigueur, excluant les personnes au chômage depuis plus de deux ans. Cela concerne 117 000 personnes, de janvier à juillet, et l’on estime que 30 % des exclus se tourneront vers les CPAS. Nous avons été en immersion dans un CPAS bruxellois, à Evere pour mieux se rendre compte de l’impact de cette réforme.

A l’aube à Evere, les accueillants s’activaient déjà, préparant une longue journée. Pas une minute à elle : cette accueillante, cernée et visiblement épuisée, nous accorde une interview avant de débuter son service. Quelques minutes qui représentent peut-être sa seule pause de la journée. Quelques minutes pour se préparer à faire face à cette foule de gens.
Le tsunami social
Le nombre de bénéficiaires va augmenter graduellement, comme un « tsunami social », souligne un assistant social. Les salles d’attente déjà pleines vont se remplir encore plus, rendant l’air lourd et chaud, difficilement respirable. Et le brouhaha qui envahit la salle : un mélange de pleurs des enfants et de l’impatience des bénéficiaires, qui va monter en décibel. Et les armoires des assistants sociaux, dont les feuilles rouges et oranges s’entassent, sont telles un incendie de stress qui ne cesse de grandir.

Depuis cette réforme, une assistante sociale indique qu’une demande sur deux concerne une exclusion liée au chômage. De plus, le CPAS d’Evere a étendu ses heures d’ouverture, passant d’une demi-journée à la journée entière, ce qui a considérablement augmenté la charge de travail. Notre accueillante témoigne des difficultés rencontrées : « On avait à peu près une centaine de personnes. Maintenant, par matinée, on en accueille entre 100 et 150, donc c’est quasi le double, parce qu’on a aussi ouvert les après-midis. »
Les assistants sociaux ont moins de temps, tandis que les CPAS se développent administrativement, perdant peu à peu leur côté humain. « Nous avons effectivement moins de temps à consacrer aux personnes durant les entretiens en permanence », confirme une assistante sociale. Un autre renchérit : « Le CPAS va se déshumaniser et, à la place des gens, il y aura des numéros de dossier. »
Le manque de personnel
Les CPAS manquent également de personnel. Ce qui n’est pas nouveau. Un article du Guide Social de 2022, intitulé « Les CPAS bruxellois face à une pénurie alarmante d’assistants sociaux », en témoigne clairement. Ceci pose des difficultés tant pour les bénéficiaires que pour les autres employés du CPAS. Pour faire face, certaines missions sont déléguées aux autres services du CPAS d’Evere.
Notre accueillante nous confie : « On a moins d’assistants sociaux, il y a eu des absences pour maladie, des démissions, ce qui fait qu’il y a beaucoup de retard dans les dossiers. » Notre assistante sociale ajoute :
Nous sommes en sous-effectif et espérons que des engagements pourront se faire rapidement.
Mais le service RH n’arrive pas à trouver des gens pour le service social. Beaucoup ont déjà été embauchés, puis ont démissionné après quelques jours. Ces démissions sont souvent liées à la quantité de travail, les assistants sociaux étant décrits par leurs collègues comme dépassés par la charge de travail. Lorsque l’on croise un assistant social, il soupire tout en saluant, sans lever la tête. Le regard fixé sur son dossier.
Pour certains, les solutions sont simples : le travail des assistants sociaux doit être allégé pour préserver le côté humain, et la paperasserie devrait être déléguée à des agents administratifs. Cela laisserait plus de temps aux assistants sociaux pour voir plus de bénéficiaires et réellement pratiquer du social.
Face à ce changement, les CPAS sont en première ligne d’un défi colossal. Il est encore trop tôt pour dire si les CPAS réussiront à faire face à cette réforme. Cependant, d’après les premiers constats, la situation semble plutôt préoccupante. Certains n’hésitent pas à comparer celle du CPAS d’Evere au célèbre tableau « Le radeau de la Méduse » de Théodore Géricault.
