Ni pauvre, ni à l’abri : le quotidien financier d’Anne
Entre la maladie, les frais d’obsèques et la gestion d’un foyer seule, Anne a vu sa situation financière évoluer sans jamais basculer dans la précarité. Son histoire révèle une zone grise : celle des ménages qui tiennent bon, mais dont l’équilibre budgétaire s’est resserré.

© Romain HARPIGNIES
Des phrases comme « Untel est exclu du chômage » ou « Elle a dû envoyer de l’argent à sa fille pour qu’elle puisse payer ses factures » sont de plus en plus entendue. Ces situations ne sont plus exceptionnelles. D’après une étude Statbel du 5 février, près d’un Belge sur dix est en situation de privation matérielle et sociale. Parmi eux, certains sont au chômage. D’autres travaillent, mais peinent tout de même à satisfaire les 13 aspects essentiels de la vie quotidienne.
Anne, 47 ans, veuve et mère de 2 enfants de 19 et 21 ans. Elle ne se considère pas en situation de privation. Elle peut payer ses factures et subvenir aux besoins essentiels. Pourtant, la marge de sécurité s’est réduite.
Quand la maladie fragilise le foyer
« Même quand on gagne bien sa vie, la perte d’un parent et d’un salaire bouscule l’équilibre d’un foyer », explique Anne.
À 47 ans, cette mère de 2 enfants de 19 et 21 ans a traversé la maladie de son mari, puis son décès. Une épreuve intime, mais aussi financière.
En 2021, Anne et ses enfants apprennent la maladie de Pierre. Un choc qui marque le début d’une période d’incertitude, autant émotionnelle que financière.
Entre 2021 et juillet 2023, Anne s’adapte et réorganise progressivement son quotidien, tant sur le plan familial que budgétaire. La première année reste relativement stable : Pierre conserve 100 % de son salaire. Mais après douze mois, ses revenus chutent à 40 %. À partir de ce moment, l’équilibre devient plus fragile. Entre les frais hospitaliers, les factures d’énergie, l’alimentation et le remboursement du prêt de la maison, chaque dépense compte davantage.
Le double choc du décès
En juillet 2023, Pierre décède. Si la douleur domine, une autre réalité s’impose rapidement : celle des démarches administratives et des coûts immédiats. Anne a dû faire face à près de 11.000€ de frais entre l’enterrement et les frais de notaire. Mais elle perd également ses enfants à charge, car ils ont touché l’assurance décès de leur père.
Heureusement, quelques aides lui ont permis de se retourner après ces frais lourds. Ils avaient souscrit à une assurance solde restant dû qui a couvert le prêt de la maison et elle a aussi touché les allocations familiales « orphelin » pour ses enfants.
Une stabilité plus étroite
Aujourd’hui, deux ans après le décès de son mari, Anne peut enfin se sentir stable dans sa situation financière, même si elle ne peut plus se permettre le confort qu’ils avaient avant 2021.
Dans le quotidien, Anne veille à maintenir les priorités. Les factures d’énergie et l’alimentation passent avant tout. « Ces dépenses-là, je les priorise toujours », affirme-t elle. Elle n’a pas connu d’impayés ni de retard majeur, mais l’équilibre repose sur une vigilance constante.
Les postes les plus lourds restent aujourd’hui les courses, le gaz, l’électricité et les kots de ses deux enfants. Pour financer les études supérieures de ses enfants, Anne puise dans ses économies. « Les kots sont payés grâce à ce qu’on avait mis de côté. » Une sécurité qui permet de tenir, mais qui réduit la marge pour l’avenir.
Les concessions se situent ailleurs. Les vacances sont devenues plus rares. Les loisirs se font plus mesurés. « On ne manque de rien, mais on fait attention. »
Si Anne parvient à maintenir une stabilité financière, elle reste consciente que sa situation aurait pu être bien plus fragile. « Dans le cas de couples non mariés, où les enfants héritent, mais où le conjoint doit assumer seul les frais, ça doit être compliqué », estime-t-elle. Elle pense notamment aux femmes disposant d’un salaire moyen et devant encore payer un loyer.
Selon elle, le système d’aide cible avant tout les situations les plus précaires. « Les aides sont données aux gens vraiment pauvres, et on en est vite exclu quand on travaille. » Une réalité qui place certaines familles dans une zone intermédiaire : ni en grande pauvreté ni totalement à l’abri.