La prison est devenue une salle d’attente pour la justice.
« Je travaille pour l’injustice », Marc Fondaire, après plus de vingt ans derrière les barreaux « du bon côté », dresse un constat sans détour : la lenteur de la justice transforme la prison en simple lieu d’attente, avec des conséquences humaines pour les détenus comme pour le personnel.
Marc Fondaire, gardien à la prison de Saint-Gilles depuis 22 ans, explique : « Je n’ai jamais changé de prison et, de préférence, j’aimerais terminer ma carrière ici. Saint-Gilles n’est pas vraiment une prison, du moins pas à l’origine, c’est ce qu’on appelle une maison d’arrêt. Normalement, les gens qui y sont incarcérés attendent leur jugement. » Comme il le rappelle, l’établissement est censé accueillir principalement des personnes en détention préventive, c’est-à-dire en attente de leur procès.
Une routine très monotone pour les gardiens.
Dans la pratique, le quotidien repose sur une organisation très structurée. Depuis quatorze ans, Marc travaille uniquement de nuit, mais il décrit également le rythme des équipes de jour : « Un gardien de jour a toujours les mêmes journées, rythmées par l’appel des détenus du matin pour vérifier si le nombre correspond à celui de la nuit, le café et l’eau chaude pour les détenus, les douches, les sorties et le traitement des demandes spéciales. »
Après 22 ans de métier, il constate que peu de choses ont changé. « Il n’y a pas eu beaucoup d’évolution en 22 ans, du moins pas à Saint-Gilles. Le seul changement notable, c’est l’ouverture de la prison de Haren, avec un système beaucoup plus social. Mais même là, il reste encore beaucoup de problèmes. » La prison de Haren, présentée comme moderne et plus orientée vers la réinsertion, reflète la volonté politique de réformer le système pénitentiaire belge, même si plusieurs rapports pointent des difficultés liées au manque de personnel.

Une justice qui prend son temps.
La lenteur de la justice reste au cœur de toutes ses remarques. Marc Fondaire admet que certaines procédures longues peuvent être justifiées, surtout dans les affaires complexes : « Une justice lente peut parfois montrer son efficacité. Pour les grosses affaires, la lenteur reflète la longueur des enquêtes. Mais pour les petits délits, ce n’est pas normal que quelqu’un doive attendre si longtemps un jugement. » Ces impressions se confirment, comme le montre l’Institut fédéral pour la protection et la promotion des droits humains.
Cette attente a un impact direct sur le travail des surveillants : « Les gardiens doivent gérer des détenus dans l’incertitude, ce qui complique le quotidien. On se retrouve malgré nous à jouer le rôle d’assistants sociaux et de psychologues pour les prisonniers. »
Et selon la RTBF.
Les observations de terrain rejoignent celles des organismes officiels. Le Conseil central de surveillance pénitentiaire alerte régulièrement sur les effets de la détention préventive prolongée et de la surpopulation, soulignant que cela affecte à la fois les détenus et le personnel. La Belgique connaît depuis plusieurs années une saturation chronique de ses prisons, liée aux délais judiciaires et au manque de places.
Selon un article de la RTBF : « 585 détenus sont aujourd’hui contraints de dormir à même le sol, soit 55 de plus qu’au précédent recensement de fin janvier. » Mais Marc nuance : « À Saint-Gilles, personne ne dort au sol. Par contre, on est passé d’une prison qui devait fermer pour transférer tout le monde à Haren, à une prison qui va rouvrir certaines ailes pour passer de 500-550 détenus à 800-850 détenus. » Ce phénomène illustre la pression sur l’ensemble du parc pénitentiaire belge.
En théorie, la maison d’arrêt devrait accueillir uniquement des prévenus. En réalité, la surpopulation modifie profondément cette fonction. Beaucoup de prisonniers finissent leur peine à Saint-Gilles en attendant une place ailleurs, même si normalement ils ne devraient y être que pour attendre leur procès.
La prison, une petite société.
Pour améliorer le système, Marc avance : « Plus de moyens, plus de personnel, une meilleure organisation générale et surtout plus d’écoute entre les différents niveaux hiérarchiques. »
Au-delà de l’organisation, il souligne l’aspect social de la détention : « Vous savez, une prison, c’est comme une petite société où toutes les inégalités qu’on voit dehors sont amplifiées. Si vous étiez pauvre à l’extérieur, vous le serez encore plus en prison. Et les riches y ont des avantages conséquents. »
