La réforme du chômage, un nouveau défi pour les assistants sociaux
Depuis la réforme du chômage, les CPAS font face à une augmentation importante des demandes d’aide sociale. À Saint-Gilles, les assistants sociaux doivent gérer davantage de dossiers tout en accompagnant des personnes souvent en situation de grande précarité. Nabil Rezig, assistant social au CPAS de Saint-Gilles, raconte comment cette réforme a transformé son travail quotidien.

Diplômé de l’ISFSC dans la promotion de 2023-2024, Nabil Rezig exerce comme assistant social depuis deux ans. Après une première expérience de sept mois à l’hôpital Erasme, au sein des urgence et du pôle chirurgie, il a rejoint le CPAS de Saint-Gilles où il travaille depuis un an et demi. Il est aujourd’hui actif dans la cellule AMU (Aide Médicale Urgente), un dispositif destiné aux personnes vivant en Belgique sans titre de séjour légal et ne disposant pas de ressources suffisantes pour accéder aux soins.
Pour lui, le choix de ce métier est aussi lié à un parcours personnel. « Certaines expériences de vie nous poussent vers le domaine social. On a envie de donner des clés aux personnes qui en ont besoin, là où nous-mêmes ne les avions pas forcément », explique-t-il.
Avant / après la réforme : une charge de travail en forte augmentation
Selon l’assistant social, la réforme du chômage a eu un impact direct sur le travail des CPAS. L’arrivée de nombreuses personnes exclues du système d’allocations a entrainé une augmentation importante du nombre de dossiers.
« Avant, nous avions déjà environ 90 dossiers minimum par assistant social. Aujourd’hui, nous dépassons souvent les 130, voire les 150 dossiers », explique-t-il.
Face à cet afflux de demandes, le CPAS de Saint-Gilles a dû adapter son organisation. Une cellule spécifique consacrée aux dossiers liés au chômage a été créée afin de traiter les nouvelles demandes d’aide sociale.
Le travail des assistants sociaux consiste alors à réaliser ce que l’on appelle une enquête sociale. Celle-ci comprend plusieurs étapes : un entretien avec la personne, l’analyse de sa situation financière et de celle de son ménage, ainsi que la vérification des conditions légales permettant d’accéder au revenu d’intégration sociale.
Dans le cadre de l’enquête sociale, une visite à domicile est systématiquement réalisée. Celle-ci permet de vérifier la situation réelle de la personne, notamment sa résidence effective, conformément aux règles de compétence territoriale applicables aux CPAS.
Cependant, l’assistant social ne prend pas la décision finale. « Nous réalisons l’enquête sociale, mais c’est le comité du CPAS qui décide de l’octroi ou non de l’aide », précise Nabil.
Contrairement à certaines idées reçues, les cas de fraude sociale restent rares. Il existe toutefois des mécanismes de contrôle et des sanctions lorsque les bénéficiaires ne respectent pas les obligations liées au revenu d’intégration, notamment l’obligation d’être disponible pour le marché de l’emploi.
Un système d’aide différent du chômage
Les dossiers des personnes exclues du chômage ne sont pas traités de la même manière que les allocations de chômage. Alors que le chômage est principalement calculé sur base du parcours professionnel et du statut du demandeur d’emploi, le CPAS lui, analyse la situation du ménage dans son ensemble.
« Au CPAS, on regarde les revenus du ménage dans sa globalité. C’est ce qui permet d’évaluer si la personne se trouve dans une situation qui nécessite une aide financière » précise Nabil.
Une réforme jugée trop rapide
Pour Nabil, limiter la durée des allocations n’est pas forcément une mauvaise mesure en soi. La Belgique faisait en effet partie des rares pays où les allocations n’étaient pas limitées dans le temps. Cependant, il estime que la réforme aurait dû être accompagnée d’une politique d’insertion professionnelle plus forte.
« Le gouvernement aurait dû d’abord renforcer les dispositifs d’insertion avant de renvoyer ces personnes vers les CPAS. » Il évoque notamment le système des articles 60, un dispositif permettant aux bénéficiaires du CPAS de travailler pendant une période déterminée afin de retrouver leurs droits au chômage.
Le quotidien émotionnel d’un assistant social
Au-delà des démarches administratives, le travail social implique une forte dimension humaine. Les assistants sociaux sont confrontés chaque jour à des situations de précarité sociale et financière parfois très difficiles.
« Derrière chaque dossier, il y une histoire. On se retrouve face à des personnes en grande difficulté, parfois complétement désemparées face à leur exclusion du chômage », confie l’assistant social.
Les profils rencontrés au CPAS sont très variés : parents isolés, aidants proches, personnes ayant peu travaillé ou encore personnes récemment exclues du chômage.
Face à ces situations, les assistants sociaux doivent également gérer l’incompréhension et la frustration de certaines personnes qui se retrouvent soudainement sans ressources. « On se retrouve à jouer un rôle de soutien face à la situation ».
Malgré la charge de travail et la pression émotionnelle, Nabil reste attaché à son métier. « Notre rôle n’est pas simplement d’aider financièrement. Nous accompagnons les personnes et nous essayons de leur donner les clés pour retrouver une stabilité et une dignité. »
