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Hyperconnexion ou restrictions ? Deux éducations, un même défi

Dans une société où les réseaux sociaux ont une place importante, les parents cherchent le bon équilibre entre liberté et encadrement. Entre un jeune hyperconnecté et un autre presque privé d’écrans, comment deux mamans gèrent-elles l’accès de leurs enfants ?

Une étude de Médiamétrie publiée en février 2026 montre que les 11–14 ans passent en moyenne 1 h 47 par jour sur les réseaux sociaux et messageries instantanées, une part importante du temps qu’ils consacrent à internet. Pourtant, le rapport publié en janvier 2026 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) met en garde contre les effets potentiels d’une exposition importante aux réseaux sociaux chez les jeunes : troubles du sommeil, problèmes d’estime de soi et exposition à des contenus choquants.

Pour comprendre comment ces enjeux se traduisent dans les familles, deux mères à l’éducation radicalement opposée ont partagé leur quotidien.

Un quotidien rythmé par les écrans

D’un côté, il y a Sael, 16 ans. Ayant eu son premier téléphone à 8 ans, l’adolescent l’utilise pour jouer, aller sur les réseaux sociaux ainsi que regarder des vidéos depuis son plus jeune âge. Sa maman, Natalia, dit : « Il passe beaucoup de temps dessus, dès son réveil, même avant de manger son petit déjeuner. »

« Sael passe tout son temps sur les écrans, du réveil au couché », explique sa maman – libre de droit via @Vecteezy

La maman de Sael a essayé de mettre en place des règles : limitation du temps d’écran ou encore des jours sans écran. Mais rien n’y fait, l’adolescent ne s’y conforme pas. Le jeune est aujourd’hui irritable quand son téléphone lui est interdit, se couche tard et ne se réveille plus pour l’école, affectant ses résultats scolaires. L’adolescent étant sur les réseaux sociaux sans réel encadrement, sa maman explique être « inquiète des vidéos violentes ou inappropriées, et des interactions avec des inconnus qui pourraient être risquées. »

Elle explique cependant trouver quelques points positifs aux réseaux sociaux et à l’autonomie de son fils à ce niveau. Les réseaux lui permettent de rester en contact avec ses amis, de découvrir des vidéos éducatives ou encore de nouveaux centres d’intérêt. « L’interdiction totale n’est pas une solution », estime sa mère. Un juste milieu doit être trouvé entre autonomie et encadrement.

Limiter pour mieux protéger

De l’autre, il y a le jeune Bastien, 9 ans. Sa maman, Estelle, est plus stricte sur l’utilisation des écrans, estimant qu’il est trop jeune. Chez elle, il y a une télévision, mais uniquement pour le lecteur DVD, servant au petit rituel de la maman et de son fils : après-midi film, mais seulement la moitié du film, pour ne pas passer trop de temps devant la télévision. Elle a aussi un téléphone que Bastien peut utiliser pour écouter de la musique ou communiquer avec son père, ainsi qu’un ordinateur pour les vidéos de karaté, hobby du jeune garçon. Il a un accès très limité et toujours encadré par sa maman.

Bastien occupe son temps libre, sans écran, à lire.
©AyaKawar

Sans écran, le jeune Bastien occupe très bien son temps : construction en carton, écriture de BD, lecture et imagination débordante. Sa maman estime que cette limitation joue un rôle dans le développement de sa créativité.

Il y a cependant des limites à son éducation. Son fils a un accès limité aux écrans chez elle, mais chez ses copains ou encore chez son père, c’est différent. Jeux vidéo, tablette et téléphone, l’accès y est plus souple chez eux.

Regrets de l’une, espoirs de l’autre

Questionnée sur ce qu’elle aurait pu faire différemment, la maman de Sael exprime son regret de ne pas avoir mis en place des règles pour gérer l’accès assez tôt. Son manque d’explication sur la raison pour laquelle certaines règles sont importantes afin d’éviter que la situation ne se détériore lui pèse également. Ses conseils aux futurs parents sont donc de poser des limites dès le début et de rester cohérent tout du long.

Estelle veut introduire son fils au réseaux sociaux de manière lente, avec des règles – libre de droit via @Vecteezy

La maman de Bastien, elle, espère introduire les réseaux sociaux à son fils de manière lente, pas de liberté du jour au lendemain. Elle commencerait par un écran dans le salon et un temps limité par jour. Le jeune peut ainsi toujours être surveillé.

Vers un « juste milieu » ?

Pour les deux mamans, l’interdiction ou la liberté totale n’est pas la solution. Accompagner et éduquer est la façon de faire afin que les enfants puissent avoir un comportement responsable et éviter l’addiction et tous les effets négatifs l’accompagnant. Les experts de l’ANSES « soulignent donc l’importance de mettre en place des politiques en faveur de l’éducation au numérique et de l’accompagnement, notamment parental. Pour l’Agence, ces actions de prévention doivent être co-construites avec les adolescents », rejoignant finalement les avis des deux mères.

Entre hyperconnexion et restriction stricte, la solution semble peut-être moins résider dans le contrôle que dans l’accompagnement éclairé.

Par Aya Kawar