Crise du logement à Bruxelles : trouver un kot vire au parcours d’obstacles.
Bruxelles est classée 50e meilleure ville étudiante au monde. Et pour cause : l’enseignement est de qualité, les étudiants sont nombreux et la vie nocturne est festive. Seulement, un étudiant sur trois arrive à se trouver un logement dans l’offre spécifiquement destinée aux étudiants. Pour l’année académique 2022-2023, Bruxelles à accueilli plus de 137 000 étudiants, mais à peine 30 % d’entre eux ont trouvé une place en logement étudiant. Des dizaines de milliers d’autres étudiants ont dû se tourner vers le marché locatif classique, où les loyers des kots ont fortement augmenté ces dernières années. Trouver un logement est ainsi devenu un véritable défi pour la population étudiante. Comment faire face à une crise du logement persistante alors que le nombre d’étudiants ne cesse d’augmenter ? Deux étudiants bruxellois partagent leur point de vue.
Cette tension s’explique notamment par l’attractivité croissante de la capitale. Bruxelles concentre plusieurs universités et hautes écoles, attire des étudiants internationaux et accueille chaque année de nouveaux inscrits, ce qui accentue la pression sur le marché immobilier. Les étudiants se focalisent naturellement sur les quartiers situés à proximité de leur campus, ce qui concentre fortement la demande. Ainsi, 82 % des logements étudiants se situent dans seulement quatre communes, principalement à Ixelles et à Woluwe-Saint-Lambert, à proximité directe des grandes universités. Même si de nouveaux projets de logements sont en cours, ils restent majoritairement localisés autour des mêmes zones universitaires, maintenant une forte concentration géographique.
La recherche du kot idéal, un vrai casse-tête
Les obstacles liés à l’obtention d’un kot peuvent être nombreux. Camille, étudiante de 21 ans en communication à Schaerbeek, se confie : « Je suis en kot depuis août 2022. J’ai très vite abandonné l’idée d’être en résidence étudiante parce qu’elles étaient tout le temps complètes et très chères pour ce qui était proposé. Pour le même prix, j’ai pu trouver mieux. Avec quelques copines, on loue un appartement pas loin d’Alma et on se divise le loyer et les charges. »
Eliott, étudiant de 20 ans en polytechnique à l’ULB, ajoute : « Je suis en maison d’accueil à Woluwe, chez une famille qui me loue un grenier de manière mensuelle. Trouver un kot m’a pris deux ou trois mois. J’ai eu beaucoup de chance parce que ma famille m’a aidé, mais je m’y suis pris tard. Fatalement, quand on cherche un kot en début d’année, il y a beaucoup moins d’offres, donc les choix étaient assez restreints. »
Se loger à tout prix : quelles conséquences sur la sécurité ?
Eliott se confie : « Il me fallait une certaine intimité et un minimum d’hygiène dans l’endroit choisi. Une bonne serrure, c’est important aussi ! Je suis content d’être seul dans mon kot, je suis quand même en colocation avec une famille, mais j’ai eu de la chance et tout se passe super bien. »
Camille souligne : « Étant une fille, je trouvais ça plus rassurant de rejoindre une coloc 100 % féminine. Le quartier dans lequel se trouve mon appartement était un critère vraiment important aussi. J’ai de la chance d’être à Woluwe-Saint-Pierre et d’avoir un propriétaire fiable.»
« Parfois, on voit aussi certains logements comme des apparts ou des résidences qui ne sont pas du tout aux normes, je ne trouve pas acceptable de mettre des logements comme ceux-là en location. »
Leurs conseils aux futurs étudiants bruxellois :
Eliott insiste sur l’entourage. Il raconte : « Bien s’entourer, c’est important, faites-vous des amis, faites du sport pour vous changer les idées. Être en kot seul, ça peut vite nous rendre solitaires et parfois ça baisse un peu le moral. »
Camille souligne l’importance de bien s’organiser en avance : « S’y prendre vraiment en avance, c’est important. Prendre un kot, c’est une décision qui doit être vraiment réfléchie. En général, les logements coûtent cher et ils sont vraiment petits, donc il faut bien réfléchir avant de signer un contrat pour un an.»
Au-delà des aspects financiers, le logement influence aussi l’expérience étudiante dans son ensemble. Loin de leur famille pour beaucoup, les étudiants découvrent l’autonomie, la gestion d’un budget et la vie en communauté. Un environnement instable ou inadapté peut avoir un impact sur la réussite académique et le bien-être. À l’inverse, un cadre sécurisant et convivial favorise l’intégration et l’épanouissement.
Une question d’anticipation… et de moyens
Trouver un logement étudiant à Bruxelles peut vite devenir complexe. Mais au-delà du manque d’anticipation, le problème est aussi structurel.
Le secteur public ne gère qu’une part très limitée des logements étudiants. À peine 2,3%. À l’inverse, la majorité des logements est entre les mains d’acteurs privés, qui représentent plus de la moitié de l’offre et proposent souvent des loyers plus élevés.
La crise du logement étudiant dépasse donc les difficultés individuelles : elle reflète un déséquilibre profond du marché bruxellois, où l’offre abordable reste insuffisante face à une demande toujours croissante.
