Sarah Duplat : Enseignante mais toujours militante
Du mécanisme technique à une mesure politique : l’indexation plafonnée comme révélateur de choix de société. L’impact de la nouvelle réforme est vivement critiqué par l’ensemble de la population.
Entre deux cours, une occasion s’est présentée d’aller à la rencontre de Sarah Duplat pour échanger avec elle sur son parcours. Ayant activement participé dans la lutte syndicale, elle propose une histoire intéressante basée sur son expérience personnelle.

Professeure à l’ISFSC depuis maintenant cinq ans, Sarah Duplat enseigne la philosophie politique en première année d’assistant social ainsi que des cours méthodologiques dans d’autres années. Derrière l’enseignante se trouve aussi une militante de longue date, formée par treize années d’engagement syndical à la Croix-Rouge.
Un engagement forgé par la Croix-Rouge
« J’ai été déléguée syndicale pour CSC, CNE pendant treize ans », nous explique-t-elle.
Elue par collègues, elle exerçait à mi-temps son mandat dans cette institution qui comptait plus de mille travailleurs.
«Le travail syndical y était très intense ». Cette expérience lui a donc permis d’acquérir une pratique solide du militantisme et du rapport de force social.
En rejoignant l’ISFSC il y a cinq ans, Sarah Duplat perd automatiquement son mandat et elle découvre alors une autre réalité : celle de l’instabilité dans l’enseignement supérieur.
« Les premières années, nos contrats s’arrêtent en juillet. On est au chômage pendant l’été et réengagés en septembre si tout va bien ». Dans ces conditions, se présenter comme déléguée syndicale peut représenter un risque. « Être déléguée, c’est s’exposer et quand on est en CDD (contrat à durée déterminé), on n’est pas suffisamment protégé ».
Mobiliser depuis l’école
Par faute de mandat officiel, l’engagement prend donc d’autres formes. Progressivement, Sarah Duplat mobilise enseignants et étudiants autour des questions sociales et politiques. « Pour moi, il est impossible de ne pas le faire. » Les enjeux économiques actuels concernent directement ses étudiants en assistant social, qui seront appelés à travailler avec des personnes précaires et dépendants des politiques publiques.
Les étudiants en communication n’en sont pas moins concernés ; les associations, institutions culturelles ou sociales seront également impactées par les choix gouvernementaux.
« J’ai toujours pensé qu’il fallait agir politiquement là où l’on se trouve. » Son terrain d’action devient donc l’école et si cet engagement lui demande un investissement considérablement non reconnu comme temps de travail, elle souligne néanmoins que l’école ne lui met pas d’obstacles. « Cela correspond aux valeurs progressistes de l’école ; la justice sociale, l’égalité et l’inclusion. »
Inflation et saut d’index
Face à l’inflation, Sarah Duplat distingue le phénomène économique des choix politiques. « En Belgique, l’indexation automatique a longtemps protégé le pouvoir d’achat et aujourd’hui, ce n’est pas tant l’inflation qui nous inquiète mais la remise en cause de ces mécanismes. » Le saut d’index envisagé par le gouvernement, notamment au-delà de 4000 euros bruts, lui parait comme une mesure dangereuse.
Bien qu’elle ne soit pas directement concernée par ce plafond, elle s’y oppose par principe. « On pourrait penser qu’il est plus juste de limiter l’indexation des salaires élevés, mais le risque, c’est que la logique s’étende au fur et à mesure du temps pour tout le monde ». Pour elle, la véritable justice sociale passe par un renforcement de la progressivité de l’impôt. « L’impôt progressif reste l’outil le plus efficace pour redistribuer et réduire les inégalités ». L’indexation automatique, insiste-t-elle, garantit un principe simple ; lorsque le cout de la vie augmente, les salaires suivent de manière objective et mathématique.
Le rapport de force
Pour le dialogue avec le gouvernement Arizona, Sarah Duplat se montre pessimiste. En effet, elle y voit une orientation néolibérale assumée, critique à l’égard des syndicats et des contre- pouvoirs. « Depuis la seconde guerre mondiale, nous n’avons jamais connu un gouvernement aussi agressif envers les politiques sociales construites après-guerre ».
« Le gouvernement Arizona est un gouvernement qui a dans son programme même la destruction des syndicats … »
Dans ce contexte, le rapport de force lui parait inévitable. « Je n’ai jamais vu quelque chose de plus efficace qu’une grève ». Manifestations et arrêts de travail ont un impact économique direct et « c’est souvent cet aspect-là qui est entendu ». Malgré la fragilisation des syndicats, ces moyens de pressions restent, selon elle, indispensables.
La jeunesse comme moteur
Il reste la question de la motivation ; « Je n’ai pas toujours le moral, je suis souvent inquiète. Mais je ne vois pas d’alternatives ». Mère de deux filles de huit et neuf ans, Sarah Duplat se sent donc responsable autant envers elles, qu’envers ses élèves. Lors de la grève du 26 novembre, l’investissement en temps et en énergie a été important mais « cela me semblait évident », partage-t-elle.
Au sein de l’école, un groupe WhatsApp intitulé « Nous sommes révoltés » rassemble désormais une centaine de membres, étudiants, anciens étudiants et enseignants.
Il permet de coordonner rapidement les mobilisations comme la manifestation du 15 octobre ou la grève du 26 novembre. « Des étudiants m’ont dit que c’était leur première manifestation, leur première grève », dit-elle avec joie.

C’est peut-être là que réside sa principale source d’espoir. « La jeunesse est essentielle et participer à une action collective, expérimenter la solidarité, c’est beaucoup plus fort qu’un cours théorique » Chaque année, ce sont des nouvelles générations qui arrivent. « Sensibiliser un par un, penser la démocratie autrement est une tache immense. Mais ici avec près de 500 étudiants, c’est une réelle opportunité ».
