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Shirley Doyen : donner de la vie aux années dans une Belgique qui vieillit


En 2025, Statbel a enregistré 113100 décès en 
Belgique, un chiffre en légère hausse mais 
surtout révélateur d’une population qui 
vieillit. Pour Shirley Doyen, à la maison de 
repos « Résidence Christalain » à Jette, 
ces statistiques prennent un visage humain. 
Depuis son enfance dans cet établissement 
familial, elle accompagne les résidents 
et milite pour une fin de vie de qualité : « L’important, c’est de rajouter de la vie 
aux années, plutôt que des années à la vie. »

© Shirley Doyen

A Jette, derrière les portes de la maison de repos Le Christalain, l’histoire est avant tout celle d’une famille. Celle de Shirley Doyen, 48 ans, chef des infirmières et responsable des ressources humaines, qui a grandi pratiquement dans les couloirs de l’établissement. Ses parents, Christiane et Alain Doyen, ont ouvert la maison de repos alors qu’elle n’avait que 14 ans. « J’ai vu l’endroit naître et évoluer», raconte-t-elle. L’établissement n’est pas seulement un lieu de travail: c’est un projet familial.  Aujourd’hui encore, elle y travaille aux côtés de son frère cadet, 42 ans, directeur de la Résidence. Mais bien avant de devenir cadre dans le secteur des soins, Shirley savait déjà qu’elle voulait aider les autres.

© Shirley Doyen

Une vocation née très tôt

L’envie de prendre soin des autres s’est construite dès l’enfance. Sa mère, Christiane, travaillait comme infirmière à domicile avant d’ouvrir la maison de repos. Shirley l’accompagnait parfois et observait ce travail de proximité avec les patients. « J’ai toujours aimé aider mon prochain », dit-elle simplement. Adolescente, elle s’engage aussi dans le scoutisme, une expérience qui renforce son sens du collectif et de la solidarité. Après sa rhétorique, elle décide de partir pendant un an en Afrique. Dans un village, elle participe à la construction de puits pour améliorer l’accès à l’eau potable. Cette année marque profondément la jeune femme. « Cela m’a appris la valeur des choses simples et l’importance de l’entraide », explique-t-elle.

© Shirley Doyen

Des études pour soigner et organiser

À son retour, Shirley entame des études d’infirmière. Elle découvre rapidement que le métier lui correspond : être proche des patients, les accompagner dans des moments fragiles de leur vie. Mais elle souhaite aussi comprendre comment fonctionne le système de soins dans son ensemble. Elle poursuit donc avec une licence en gestion hospitalière. Cette double formation lui permet aujourd’hui de jouer un rôle clé au sein du Christalain : encadrer les équipes soignantes, gérer les ressources humaines et veiller au bon fonctionnement de
la maison de repos.

© Shirley Doyen

Une entreprise familiale

Au Christalain, la famille reste au cœur du projet. Shirley travaille en collaboration étroite avec son frère, directeur de l’établissement. « Dans une entreprise familiale, la confiance est essentielle », explique-t-elle. Cette dimension familiale influence aussi la manière dont la maison de repos est pensée : comme un lieu de vie plutôt qu’une simple institution médicale

© Shirley Doyen

Vieillir plus vieux… et autrement

L’expérience quotidienne de Shirley reflète une évolution plus large de la société belge :
la population vieillit. Dans sa maison de repos, l’âge moyen d’entrée des résidents est aujourd’hui de 88 ans, et l’âge moyen de décès atteint 94 ans. Des chiffres qui illustrent l’allongement de la durée de vie. Ces observations font écho aux données publiées récemment par Statbel, l’office belge de statistique. Selon un bilan provisoire, environ 113 100 décès ont été enregistrés en Belgique en 2025, soit une légère hausse de 0,9 % par rapport à2024. Globalement, le nombre de décès reste toutefois stable par rapport à la moyenne des années 2022-2024. Les tendances varient également selon les régions : les décès ont légèrement diminué à Bruxelles et en Wallonie, tandis qu’ils ont augmenté en Flandre. Pour Shirley, ces chiffres doivent être replacés dans leur contexte. « On ne meurt pas forcément plus qu’avant », explique-t-elle. « Mais on meurt plus vieux, parce qu’il y a de plus en plus de personnes âgées. »

© Shirley Doyen

La question de la qualité de vie

Derrière les statistiques, la réalité quotidienne dans les maisons de repos soulève une question
essentielle : comment accompagner la fin de vie ? Pour Shirley Doyen, la réponse tient en une phrase qui guide son travail. « Dans une maison de repos, l’important, c’est de rajouter de la vie aux années, plutôt que des années à la vie. » Autrement dit, mieux vaut vivre un peu moins longtemps mais entouré, actif et accompagné, que prolonger la vie dans l’isolement. Dans un contexte de vieillissement démographique, les maisons de repos deviennent ainsi des lieux centraux du débat sur la qualité du vieillissement et les conditions de fin de vie. Et pour Shirley, ce débat n’est pas théorique: il se joue chaque jour, dans les couloirs du Christalain, auprès des résidents et des équipes soignantes.