À l’aube de la retraite, la peur du vide

La réforme du chômage inquiète de nombreux ménages en Belgique. Mais au-delà des chiffres et des annonces officielles, elle bouleverse des vies bien réelles. Sobhi, chef de foyer, vit dans un logement social à Laeken avec sa femme Ibtissam, en arrêt maladie, et leurs deux fils. Entre barrière linguistique, pression financière et peur de perdre ses allocations, il raconte un quotidien fragile.
Il est un peu plus de dix heures du matin dans l’appartement de Sobhi, à Laeken. La lumière entre doucement par la fenêtre du salon. Sur la table, des enveloppes administratives sont posées en pile. Certaines portent le logo de l’ONEM. Il les regarde sans les ouvrir tout de suite.
« En tant que chef de foyer au chômage, c’est vraiment très compliqué », commence-il, d’une voix calme mais fatiguée.
Sobhi a 59 ans. À son âge, retrouver un emploi n’est déjà pas simple. Mais pour lui, les obstacles s’accumulent. Sa femme, Ibtissam, est en arrêt maladie et ne peut pas travailler. Le poids financier repose donc entièrement sur lui. « Moi, je parle pas très bien le français, donc j’ai du mal à trouver un emploi. »
Il cherche pourtant. Tous les jours. Il envoie des CV, se rend dans des agences, consulte des offres en ligne. « Les gens ont tendance à croire que les personnes au chômage ne font rien. Mais je cherche du travail. » Dans ses mots, on sent le besoin de se justifier, comme s’il devait prouver qu’il fait des efforts.
La réforme du chômage est venue ajouter une pression supplémentaire. Depuis janvier, de nouvelles vagues de lettres annoncent la fin du droit aux allocations pour certains demandeurs d’emploi. Pour Sobhi, cela signifie une inquiétude constante.
Un quotidien suspendu entre démarches et incertitudes
« Ils veulent nous enlever le chômage alors que le marché du travail est bouché. Je comprends plus rien. » Il soupire. « Déjà avant, c’était compliqué de trouver un travail. Mais maintenant, tout le monde va chercher en même temps, dans les mêmes endroits. Ça va être encore plus compliqué. »
La peur est bien là. « Honnêtement, si, j’ai peur de ne pas trouver de travail. C’est normal. Tout le monde a peur. Mais on n’a pas le choix. On est obligé. »
Dans l’appartement, l’ambiance est simple, chaleureuse malgré tout. Ibtissam passe doucement du salon à la cuisine. La maladie l’affaiblit, mais elle garde un regard attentif sur son mari. Leurs deux fils sont au centre de toutes les préoccupations. L’aîné poursuit des études supérieures. Il n’est pas boursier. Les frais s’accumulent : inscriptions, transports, matériel. Le plus jeune cherche encore sa voie.
« J’ai deux fils. Je dois penser à eux avant tout », explique Sobhi. « Pour les études, je dois payer. C’est ma seule motivation. On va s’en sortir. »
La réforme, une pression supplémentaire sur des équilibres déjà fragiles

Quand on lui demande comment il compte faire face à la situation si les allocations diminuent ou s’arrêtent, il baisse les yeux. Un silence s’installe.
« Honnêtement, je sais pas. Je sais vraiment pas. »
Cette phrase résume tout. Pas de grands discours, pas de colère spectaculaire. Juste une inquiétude sincère. À Laeken, comme dans d’autres quartiers populaires, la réforme du chômage n’est pas une théorie. C’est une réalité qui s’invite dans les foyers, qui pèse sur les épaules d’hommes et de femmes déjà fragilisés.
Sobhi ne demande pas des privilèges. Il demande du temps, une chance, un travail adapté à sa situation. En attendant, il continue d’envoyer des candidatures, de répondre aux convocations, d’ouvrir les lettres officielles avec une boule au ventre.
Et chaque soir, avant de se coucher, il répète la même phrase, comme un mantra : « On va s’en sortir. »