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Connectés , mais divisés : le nouveau visage de l’inégalité.

Avec l’importante croissance de la technologie dans les écoles secondaires et supérieures, la question de l’égalité entre élèves se pose de plus en plus. Pour mieux comprendre la situation, un professeur de français de l’Athénée Royal de Waterloo a partagé son expérience sur l’accès de ses élèves aux outils numériques .

En effet, même si la majorité des jeunes sont équipés, 26% rapportent ne pas avoir un accès fiable à un ordinateur à domicile. L’impact académique est réel pour ces étudiants-là. Le manque de matériel ou d’une connexion fiable nuit à leur étude, influence négativement leurs résultats et les décourage même à poursuivre des études supérieures.

Selon l’enseignant, la situation s’est améliorée ces derniers temps même si tous les élèves ne sont pas logés à la même enseigne. « -J’ai remarqué que la majorité de mes élèves ont un ordinateur portable ou un fixe chez eux. Mais j’ai surtout cru comprendre que certains doivent le partager avec plusieurs membres de leur famille ce qui peut rendre leurs travaux sur des logiciels comme Word ou Powerpoint compliqué car   ils n’y ont pas réellement accès quand ils veulent. »

Fracture numérique à l’école : entre progrès techniques et inégalités persistantes

Si l’accès au numérique s’est largement démocratisé ces dernières années, l’égalité réelle entre les élèves reste un horizon lointain. À l’Athénée Royal de Waterloo, le constat est nuancé : posséder un écran ne signifie pas nécessairement disposer des conditions optimales pour étudier

Le partage familial, un frein invisible

La majorité des élèves dispose aujourd’hui d’un ordinateur à domicile. Pourtant, cette statistique cache une réalité plus complexe : celle du partage des ressources. « Certains doivent partager leur poste fixe ou portable avec plusieurs membres de la famille », explique l’enseignant interrogé. Cette promiscuité numérique complique l’usage de logiciels fondamentaux comme Word ou PowerPoint.

Face à ces difficultés, l’adaptation est de mise. Pour éviter que le manque de matériel ne pénalise les notes, le professeur accepte parfois des rendus manuscrits, conscient que certains élèves tentent même de réaliser leurs travaux complexes sur un simple smartphone (GSM).

Un système de soutien encore fragile

Au sein de l’établissement, des solutions d’urgence existent, mais elles montrent vite leurs limites. Les deux ordinateurs disponibles dans le bureau de l’éducatrice des premières sont souvent pris d’assaut. « Ce n’est clairement pas suffisant », concède l’enseignant.

Pour pallier ce manque de moyens internes, l’école se tourne vers le réseau associatif. Des structures comme Digital For Youth, les CPAS, Esenca ou les services sociaux des universités interviennent pour fournir du matériel reconditionné ou des aides financières aux jeunes les plus défavorisés.

 ©VarisanoMarie « Au sein de l’établissement, des solutions d’urgence existent »

Le paradoxe de la « Génération internet »

On imagine souvent les jeunes générations comme naturellement aguerries à l’informatique. C’est une idée reçue. Si l’utilisation des réseaux sociaux est fluide, la maîtrise des outils de productivité fait souvent défaut. « En école secondaire, on ne l’apprend pas ; on attend des élèves qu’ils soient déjà performants », regrette le professeur.

Cette inégalité se cristallise particulièrement dans l’aspect visuel et la mise en forme des travaux. Le décalage est flagrant entre ceux qui maîtrisent les codes du traitement de texte et ceux qui découvrent ces outils sur le tas. L’enseignant encourage ainsi ses élèves à se former par eux-mêmes, via des vidéos explicatives, pour combler ces lacunes que l’institution ne prend pas toujours en charge.

L’IA : levier de compréhension ou nouveau fossé ?

En 2025, 85 % des 18-25 ans utilisent régulièrement l’intelligence artificielle, que ce soit pour les loisirs ou les études. Pour l’enseignant, l’IA ne doit pas être un substitut à la réflexion, mais un tuteur personnalisé : « Je conseille de l’utiliser pour obtenir des explications adaptées sur certains points de matière. »

Cependant, l’ombre de la fracture numérique plane aussi sur cette innovation. Si l’accès à Internet est instable ou si l’élève manque de recul critique, l’IA peut devenir un facteur supplémentaire d’inégalité au lieu d’être un moteur d’émancipation.

Vers un accompagnement structurel

Le numérique occupe désormais une place centrale dans l’enseignement, mais l’égalité parfaite reste un défi. Pour l’avenir, l’espoir réside dans une réponse plus concrète de l’institution scolaire : au-delà de la simple fourniture de tablettes ou d’ordinateurs, c’est un véritable accompagnement pédagogique à l’usage des outils informatiques qui semble indispensable pour réduire durablement les écarts.