De la curiosité à l’habitude : le récit de Kelly
Alors que l’utilisation de narcotiques touche près d’un quart de la population belge, Kelly accepte de parler de son enfance marquée par la drogue et de mieux comprendre les facteurs menant à la dépendance.
Kelly, 21 ans, vit à Enghien, la ville où tout a débuté. Consommatrice de marijuana depuis son adolescence, elle se souvient très bien de la première fois. Tout a commencé lors d’une soirée entre amies, où elle a souhaité tester les stupéfiants. « Je trouvais ça
cool, donc je voulais essayer comme tout le monde », explique-t-elle. Comme elle, un quart des Belges âgés de 15 à 64 ans ont déjà expérimenté le cannabis. Environ 28 % des usagers et usagères actifs en consomment quotidiennement, c’est-à-dire au moins
20 jours par mois (selon fedabxl).
L’enfer de la vie scolaire
Pourtant, Kelly était une adolescente ambitieuse. Mais en quatrième secondaire, elle développe une phobie scolaire. En cause : les moqueries à l’école et le rejet par sa classe. « On se riait de moi ouvertement parce que j’étais différente, et également à cause de conflits avec des filles de ma classe. Elles ont créé des rumeurs sur moi. Tous ceux ou celles qui traînaient avec moi en devenaient aussi victimes. »
Entre problèmes familiaux et stress quotidien
C’est durant cette période que Kelly commence à consommer régulièrement du cannabis. Entre les disputes familiales, les crises d’angoisse et les paralysies du sommeil, elle ne trouve pas d’autre solution que de fumer pour calmer son anxiété et réussir à dormir. Au départ, sa consommation reste occasionnelle : elle fume surtout lorsqu’elle se sent particulièrement stressée. Mais peu à peu, le stress et l’habitude transforment cette consommation récréative en consommation quotidienne. Kelly est consciente de glisser vers une forme d’addiction, mais, pour elle, c’est encore moins difficile que d’affronter l’angoisse permanente. Peu à peu, cette situation provoque chez elle une anxiété sociale et une véritable phobie scolaire. Les moqueries et parfois même le harcèlement finissent par la pousser à arrêter l’école l’année suivante.
À cette époque, la jeune femme souhaite entrer dans le monde du travail, incapable de poursuivre sa scolarité. Cette décision provoque de nouvelles tensions dans son entourage. « Personne ne comprenait mon choix d’arrêter l’école. Je me faisais juger et
réprimander de tous les côtés. Mais je ne supportais plus le regard de mes camarades de classe, et le retard que j’accumulais me stressait encore plus. C’était un cercle vicieux sans fin. » Malgré ces critiques, Kelly décide finalement d’arrêter l’école pour
tenter de se construire autrement.
L’instabilité, un facteur de risque de consommation
Derrière son sourire, sa joie de vivre et son envie de profiter de son adolescence, Kelly cache pourtant un profond mal-être, marqué par de nombreux traumatismes liés à son contexte familial. Sa relation avec la drogue remonte même à avant sa naissance. « J’ai toujours connu la drogue, même dans le ventre de ma mère », raconte-t-elle. Sa mère, qui a fait un déni de grossesse, continuait à consommer de la cocaïne alors qu’elle était déjà enceinte de plusieurs mois. Selon Kelly, plusieurs événements ont contribué à sa dépendance. D’abord, il y a la relation compliquée avec son père. À l’adolescence, elle découvre que celui-ci lui a menti sur les raisons de la séparation avec sa mère, ce qui brise peu à peu le lien qu’elle entretenait avec cette dernière. Par la suite, c’est sa nervosité liée à l’enseignement et le mépris qu’elle a enduré à l’école. Enfin, la mort de sa grand-mère, une figure de stabilité
durant son enfance, la fait sombrer dans un abîme de désespoir. « Quand elle est décédée, j’ai eu l’impression de perdre tout mon monde », confie-t-elle. Dans ce contexte fragile, la consommation de cannabis devient pour Kelly une forme d’échappatoire de l’angoisse, des conflits familiaux et du sentiment d’isolement qui marquent son adolescence.
La paranoïa, un des symptômes
Aujourd’hui, Kelly fume toujours, principalement par habitude. C’est une pratique ancrée dans sa vie depuis l’âge de 14 ans. Elle a déjà réussi à arrêter pendant une période d’environ six mois grâce à une relation amoureuse, mais a repris sa consommation après la rupture. Elle reconnaît que sa consommation a entraîné plusieurs répercussions sur sa vie. Tout d’abord, elle a aggravé son anxiété sociale. Selon elle, le cannabis l’a rendue plus « paranoïaque » : il lui arrivait de penser que les passants la jugeaient ou parlaient d’elle. Sa consommation a également accentué certains troubles, notamment ses troubles de l’alimentation.
