Culture

Le retour du vinyle : esthétique ou nostalgie ?

Même à l’heure du streaming, le vinyle fait un carton et dépasse désormais les ventes de CD. C’est le nouveau coup de cœur des jeunes adultes, qui s’approprient un objet d’une époque qu’ils n’ont pas connue. Alors, simple envie de posséder un bel objet ou vraie nostalgie d’un passé plus authentique

C’est justement ce que démontre le rapport de l’IPSOS : plus de 50 % des Belges auraient préféré naître en 1975. Beaucoup pensent que la société était plus simple et plus saine auparavant. Dans ce contexte, le retour d’objets physiques comme le vinyle est perçu comme une manière de se rapprocher d’un passé jugé plus authentique. « Oui, il y a eu une augmentation de la jeune clientèle. Le vinyle, qui attirait surtout un public masculin, séduit désormais un public plus féminin », déclare Nicholas, employé chez Caroline Music, un magasin de disque situé au centre de Bruxelles. Alors qu’à la fin des années 1990 la musique physique était l’apanage des plus âgés, la situation semble s’être totalement inversée aujourd’hui.

Beaucoup d’acheteurs ont entre la fin de la vingtaine et le début de la trentaine. D’après le disquaire, plusieurs raisons suscitent l’intérêt des jeunes pour le vinyle. « C’est un mélange de choses. Les jeunes n’ont pas grandi avec l’idée de posséder la musique physiquement. Maintenant, ils découvrent le plaisir d’avoir une collection. » Le disque devient un objet personnel, pas seulement une façon d’écouter de la musique.

Le visuel joue aussi un rôle important, notamment avec les pochettes colorées ou limitées. De plus, certains clients vont plus loin et développent une vraie curiosité musicale en découvrant de nouveaux artistes et en explorant les albums.

Quand posséder la musique devient une expérience

Pour Nicholas, le vinyle change radicalement le rapport à la musique : « Tu écoutes l’album comme l’artiste l’a voulu. Tu découvres des chansons que tu n’aurais jamais écoutées autrement. Le packaging est une œuvre d’art. Tout cela fait de l’écoute une expérience que le streaming ne peut pas offrir. » Cependant, pour certains amateurs, l’esthétique n’est pas la priorité : ils choisissent surtout des artistes qu’ils connaissent déjà. Le choix de l’auditeur n’est pas toujours lié à une nostalgie personnelle, mais parfois à des convictions plus profondes.

La jeune auditrice, quant à elle, critique les plateformes de streaming, notamment l’augmentation des prix et la faible rémunération des artistes. « Quand j’étais enfant, on n’utilisait presque pas les CD, seulement dans la voiture. Acheter des disques est une forme de rébellion pour moi », confie-t-elle. Pour elle, l’achat physique permet de soutenir concrètement les musiciens : « Je veux posséder la musique que j’écoute. Je ne veux pas dépendre d’un abonnement Spotify ; mon argent soutient directement les artistes.

Le disquaire confirme que les motivations des jeunes ne se limitent pas à la nostalgie. Le vinyle permet aussi une nouvelle relation avec la musique. Avoir un objet entre les mains, lire les informations sur l’artiste ou découvrir une histoire derrière un album pousse à une écoute plus attentive et active. Dans un monde où tout va très vite, le vinyle oblige à prendre son temps.

Quand les réseaux sociaux relancent le passé

Les réseaux sociaux jouent aussi un rôle important. Selon Nicholas, certaines trends sur TikTok ou Instagram peuvent provoquer un regain des ventes pour d’anciens albums. Les jeunes découvrent ainsi des artistes plus anciens grâce aux plateformes numériques, puis cherchent ensuite à acheter leurs disques en version physique.

Finalement, le retour des vinyles démontre que les jeunes ne rejettent pas la technologie, mais cherchent plutôt un équilibre. Alors que l’étude de l’IPSOS met en évidence une nostalgie croissante dans la société belge, les habitudes musicales actuelles montrent un besoin de donner plus de valeur à la musique

Avoir un vinyle, c’est prendre le temps d’écouter un album entier et soutenir directement les artistes. C’est une façon de redonner un sens aux expériences musicales devenues très numériques. Le retour au physique ne se manifeste pas comme un retour en arrière, mais comme une nouvelle manière de vivre la musique.