Bulles et fauteuils : Hergé et Franquin, le design au cœur de la bande dessinée belge
En Belgique, la bande dessinée ne se contente pas de raconter des histoires : elle expose le design. De la planche au réel, avec André Franquin et le fauteuil Lady Chair de Marco Zanuso, ou avec Hergé et la mythique Chair No.14 de Michael Thonet. Cette dualité se joue aujourd’hui, et ce, jusqu’au premier mars 2026, au Design Museum Brussels.
En entrant au Musée bruxellois du design, une sensation de calme et de sérénité nous envahit. Le bruit des pas des autres visiteurs sur le béton froid contraste avec la chaleur des différentes salles qui nous apparaissent.
Chaque personne venue apprécier l’étroite relation qu’entretient la Belgique avec le design se met en file les uns derrière les autres dans un silence apaisant. Les portes automatiques se referment d’elles-mêmes, les œuvres se dressent devant nous, laissant place à la contemplation.
L’exposition propulse les visiteurs dans les années 1900. Les bandes dessinées font leur entrée dans la presse américaine avant de s’étendre en Europe dans les années 1920. En Belgique, des artistes tels qu’Hergé et Franquin introduisent des éléments de design dans leurs planches, ce qui se propage rapidement dans le monde entier et façonne la bande dessinée moderne.
Le parcours qu’on nous invite à suivre commence en 1929 avec Hergé. Dans « Le Lotus bleu », ses personnages prennent place sur des icônes du design, comme : la chaise n°14 de Thonet ou la MR 10 de Mies van der Rohe, fusionnant bande dessinée et mobilier. Lors de la visite, les planches agrandies recouvrent les murs tandis que les meubles originaux sont exposés, offrant un plongeon fascinant dans l’univers moderniste et précis de Hergé.
Élodie, 22 ans, étudiante en arts visuels, nous exprime son admiration pour le réalisme utilisé par Hergé : « En tant que fan de BD, je connaissais Hergé, mais je ne réalisais pas combien ses planches incorporent des objets design réels. »
Hergé place ses personnages sur des icônes du design, alors que Franquin fait vibrer le style « Atome » dans chaque fauteuil, chaque lampe ou chaque table de ses planches.
Ce style, né dans l’euphorie de l’après-guerre et révélé lors de l’Expo 58, se distingue par ses formes géométriques prononcées, ses couleurs vives et ses matériaux. On retrouve cet esprit dans les planches de Franquin, avec des fauteuils Tulip d’Eero Saarinen, des lampes à pied chromé à la manière des modèles Guzzini.
Franquin ne se contente pas de dessiner une époque influencée par le progrès ; il raconte une histoire. Il lie bande dessinée et style Atome. Il réinvente des objets et crée des ensembles harmonieux. Presque chaque planche présente un meuble, une lampe ou un tableau inspiré des œuvres d’artistes.
Julien, 20 ans, étudiant en graphisme, redécouvre Franquin à travers cette exposition : « On parle souvent de son humour ou de son trait, mais ici, on comprend combien son univers est imprégné de design. Les bureaux, les fauteuils, les gadgets de Gaston… tout est design. »
Les pas se succèdent, captivés par les tableaux d’artistes belges et internationaux. Face à chacune de ces œuvres, accrochées au mur, se tient un meuble design, conçu avec des matériaux toujours plus inventifs. Sans s’en rendre compte, le parcours arrive à sa fin. Au détour de la sortie, une petite salle remplie de BD et d’assises invite les visiteurs à se pencher sur les bandes dessinées exposées dans la galerie.

Enfin, le public s’active : les regards se croisent, les avis se partagent et les discussions émergent, faisant de cet espace un véritable prolongement du coin BD, où la lecture se transforme naturellement en échange et en débat.
Alexandre, 38 ans, designer graphique basé à Liège enrichit : « Ce qui m’a le plus soufflé, c’est de voir à quel point la Belgique est au cœur de cette exposition. Comme beaucoup, je pensais que la BD et le design n’avaient que des liens anecdotiques. »
Thomas, 27 ans, touriste français passionné de design : « Cette exposition est une véritable célébration de la créativité belge. Elle montre comment ce pays a historiquement servi de trait d’union entre le graphisme narratif et le design concret. Ça change la façon dont on perçoit l’univers de la BD. »

Après avoir passé plus de deux heures à regarder des planches et des pièces de design, la tête remplie de bulles et de formes modernes, il est temps de partir.
Sur le chemin du retour, à côté du métro, l’Atomium se dresse dans le ciel de Bruxelles, évoquant instantanément le style Atome et Franquin. Donnant l’impression que toute la ville est engagée dans une conversation entre la bande dessinée et le design.
